Moi, probablement, j’aurais donné le châle, mais Zénab a affaire à plus maligne qu’elle, avec ma rusée Cévenole. Émilie est bonne, mais avisée ; elle pense qu’elle n’est pas assez riche pour faire des cadeaux aux paresseuses.
— Écoute, Zénab, puisque ce châle te plaît, je t’apprendrai à en faire un pareil.
Zénab aime mieux y renoncer tout de suite…
Le lendemain et les jours suivants, je crus remarquer chez cette bouffonne — car elle n’était guère que cela dans la maison — un redoublement d’amabilité et d’égards à mon intention : Zénab se souvenait et elle était reconnaissante. Pour moi, je ne pensais plus à son accident, quand, un soir, après une interminable journée de solitude — toute la famille était allée rendre visite à des parents habitant la banlieue — comme je demandais l’heure à Gull-Baïjass pour la dixième fois peut-être, Zénab, qui me regardait sans rien dire, s’approcha de moi :
— Petite hanem, les heures te semblent longues !… Tu n’as pas lu dans tes gros livres, ce soir ; je parie que tu es malade ?…
Je dus avouer que j’avais mal à la tête.
— C’est parce que le bey ne t’a pas écrit… Ne te tourmente pas ; demain, le seigneur t’enverra une bonne lettre ; mais moi, ce soir, je veux te distraire.
Tout de suite, je pensai à la danse et je revis par la pensée toute la scène de l’autre soir.
— Non, non, Zénab, pas de danses, pas de musique ! je suis lasse.
Mais elle, à voix basse, murmura :