Toutes les assistantes qui ne portaient point le costume européen, avaient la taille serrée par une épaisse ceinture de métal d’or ou d’argent, dans laquelle était posée leur montre. Toutes les personnes vêtues de galabiehs portaient des babouches de peau brodées de perles ou de satin, garnies de nœuds de rubans assortis à la robe. Mais, toutes les élégantes vêtues à la française exhibaient de ravissants petits souliers de bal. Les subalternes et beaucoup de créatures sans prétentions avaient de simples savates…

Dans un angle de la pièce où l’on m’avait fait asseoir, je remarquai une sorte d’estrade faite de quatre bancs placés en carré et tendus de cachemire, sur lesquels s’enroulaient des guirlandes de fleurs déjà fanées.

— C’est la place des musiciennes, me dit-on.

En effet, elles arrivaient au même instant. Grande fut ma surprise, en les trouvant aussi laides, aussi disgracieuses, que les pauvres checkas entrevues aux funérailles de notre voisin. Sur cinq, deux étaient complètement borgnes et une troisième montrait un glaucome épouvantable. Elles étaient vieilles et leur peau avait des tons d’ivoire jauni. Une d’elles, mulâtresse, présentait des joues s’agrémentant des huit cicatrices longitudinales, qui sont appelées à parfaire la beauté soudanaise.

La chanteuse, remarquable par la profusion de bijoux qui la couvrait, n’était guère plus attrayante, mais elle, du moins, avait tenu à se montrer élégante. Sa robe de satin bleu de paon s’ornait de volants multiples ; une ceinture de pierreries étincelait à la taille. Des sequins d’or s’enroulaient autour de son front, où les frisures de ses cheveux crépus faisaient un vrai nid de pie. Elle avait le nez épaté, de fortes lèvres violettes, le front bombé et des yeux chassieux. Mais, sitôt qu’elle chanta, ce fut du délire. Pas une, me dit-on, ne pouvait l’égaler pour les modulations si chères aux oreilles indigènes. Elle répétait longuement la même phrase, le même mot et les autres répondaient au refrain en accompagnant l’air sur leurs instruments variés. Une noune, une houde, deux tympanons.

Des esclaves passaient constamment, offrant des cigarettes dans un petit panier et des tasses de moka sur un plateau. Les visiteuses étaient assises, serrées entre elles comme des graines autour de l’épi, car l’usage oriental veut que l’on invite toujours dix fois plus de monde que la maison n’en saurait tenir. Le résultat est désastreux. Au bout de quelques heures, la demeure nuptiale a l’air d’un carrefour où… il se passe quelque chose ! — et comme aucun agent n’est là pour maintenir l’ordre, c’est une ruée frénétique qui aboutit souvent à de véritables batailles entre femmes de condition inférieure ; il faut appeler les eunuques pour chasser les tapageuses…

Vers dix heures, après le repas servi à la turque, comme celui de la veille, Azma vint me chercher :

— Si tu veux assister à la grande toilette de la mariée, j’ai obtenu qu’on te laisse entrer dans la chambre.

Je la suivis, et nous pénétrâmes ensemble dans le réduit où les poudres, les sachets, les pommades et les eaux de senteur mettaient une quantité de parfums disparates, et si violents, que je faillis perdre connaissance ! Une fenêtre, ouverte à propos, me sauva de l’asphyxie.

La petite mariée, d’une pâleur de morte, se livrait sans résistance aux mains de la couturière et d’une cousine qui, en ce moment, lui passaient une fine chemise européenne. Puis, ce fut le tour du corset fanfreluché, du pantalon, véritable dentelle ajourée et du jupon de satin froufroutant.