Chantant et tapant sur le tympanon qu’elles élèvent au-dessus de leurs têtes en agitant les grelots fixés tout autour, ces musiciennes, si elles étaient plus gracieuses, rappelleraient assez les chœurs des courtisanes antiques marchant au-devant de la déesse, aux Panathénées. Même, les noces de l’antique Grèce devaient, par plusieurs points, ressembler à celles-ci, mais, dans l’ardent amour que les Grecs vouèrent à la beauté, rien de vulgaire ni de bas ne venait souiller l’éclat et le charme amoureux de leurs fêtes.

Ici, c’est un mélange intraduisible de modernisme grossier et d’antiquité païenne. Telle la burlesque image de bois, représentant Priape (un Priape articulé) et que des gamins font manœuvrer au moyen de ficelles devant la voiture de la mariée aux noces populaires et l’autre Priape, plus ignoble encore, que l’on trouve encore dans tous les jardins de village, en manière d’épouvantail. Vieux reste des croyances ancestrales, qui donnaient à ce dieu la puissance d’arrêter les voleurs. La fleur même de la poésie orientale est ternie par l’obscénité ambiante. Ces usages d’autrefois qui, si longtemps, résistèrent aux attaques du christianisme, ennemi des gloires charnelles, ces coutumes de l’hyménée parmi lesquelles l’âme voluptueuse des anciens dieux semblait planer, ne sont plus aujourd’hui qu’une parodie grotesque des gestes désappris à travers les siècles, en cette Égypte que le mélange constant des races a rendue à la fois trop violemment barbare et trop servilement européenne. La laideur des musiciennes et le ton des esclaves et des affranchies que l’Islam rend égales à leurs maîtresses aux jours de liesse, font de ces fêtes de véritables saturnales, où toute grâce sombre dans la laideur et la malpropreté.

Comme la veille, sur le parcours du cortège, la mère et la nourrice jettent par-dessus le front de la mariée les grains de blé et de sel et les pièces de monnaie.

Les négresses et les servantes, même les invitées de condition basse, qui sont nombreuses, se précipitent sur le sol et se battent férocement pour s’arracher cet argent qui porte chance.

Une des plus vieilles négresses de la maison a l’oreille grillée par la flamme d’un cierge. Et, comme elle gifle celle qui le porte, immédiatement, une autre femme arrache le cierge des mains de la fillette, et en assène un coup violent sur le crâne de la négresse. Celle-ci hurle en tenant d’une main son oreille brûlée, de l’autre sa tête fendue. On l’emporte saignante et désespérée. C’est la bataille… Les eunuques arrivent et quelques coups de bâton, lancés à propos dans le tas, ont vite fait de rétablir l’ordre.

La mariée est arrivée devant le trône qui l’attend.

Ce trône, appelé Kocha, est élevé sur trois marches et ressemble assez au trône des souverains. Sous un dais de satin entouré de fleurs d’oranger et de clématites artificielles, il supporte deux fauteuils dorés recouverts de satin blanc. Sur le dossier, le chiffre entrelacé des époux s’étale en majestueuses lettres d’or. Au fond, une glace entourée de feuillage ; au-dessus, deux colombes se becquetant.

La mariée est installée sur le fauteuil de gauche, le mari devant tenir constamment la droite dans tout ménage qui se respecte.

A ce moment, commence le défilé des cadeaux. On ouvre ostensiblement les écrins, on étale les cachemires aux pieds de la jeune épouse, tandis que l’esclave préposée à cette tâche clame les noms des donateurs. A chaque objet, une véritable litanie de louanges s’échappe des lèvres des assistantes, suivie d’un : « Dieu garde cette famille et lui fasse de même ! »

L’exposition des présents est enfin terminée.