Les femmes poussent le fameux zarghout[40], si violemment, cette fois, qu’il semble que leurs langues doivent y rester.

[40] Sorte de cri qu’elles obtiennent en frappant leur palais avec la langue.

Et voici le clou de la fête : les danses !

Du groupe des musiciennes, parmi lesquelles elle était assise, une jeune femme se leva et vint se placer au pied du trône.

Les musiciennes avaient quitté leur estrade et s’étaient assises un peu en arrière de la danseuse, face à la mariée.

La danseuse portait une robe de satin rouge demi-longue et très froncée. La jupe partait des reins et laissait le ventre absolument libre. Une grosse tresse de fil d’or, semblable à un énorme serpent, tenait cette jupe, qui semblait devoir glisser à chaque mouvement de la gawaza. La poitrine, comme le ventre, était à peine voilée par une sorte de tricot de coton, à mailles très transparentes. Un boléro très court complétait ce costume à la fois très lourd et plus que léger. Mais, ce qui en faisait l’étrangeté et la richesse, c’était l’abondance inouïe de pièces d’or qui le couvraient. Sur la poitrine et sur l’abdomen, un véritable chapelet de pièces de cent francs en or se balançait en un triple tour, et le métal accompagnait, d’une jolie musique cliquetante, tous les mouvements de la femme. Autour de son cou, sur son front, les guinées et les napoléons ne se comptaient point ; et, à chacune des multiples tresses de ses cheveux, se balançaient trois sequins attachés ensemble.

Sur le devant de la tête, elle montrait une coiffure essentiellement européenne. Une splendide flèche en diamants piquait ses boucles aux jolis reflets de cuivre. Mais elle gardait dans le dos l’antique coiffure des véritables Égyptiennes, conservée encore par nombre de femmes coptes, par les danseuses et les fellahas, descendantes directes de leurs sœurs antiques. Je n’ai jamais vu de femmes turques porter les petites tresses.

Les instruments de musique préludèrent, la danse commença.

De ses mains brunes et fines, aux doigts teints de henné et cerclés de lourdes bagues, la petite danseuse pressa les crotales de bronze.

Elle éleva ses bras minces, sa gorge saillit à demi hors du tricot qui la contenait.