Elle s’étira comme une chatte hésitante, sourit à la fiancée et ses yeux eurent un regard étrange, qui, tout de suite, établit entre l’assistance et elle un courant de perverse sympathie.

A petits pas, d’abord, elle glissa, faisant onduler son corps comme une liane flexible, semblant jouer et lutter tendrement avec un être qu’on ne voyait pas.

Peu à peu, le tympanon et la houde précipitaient leur rythme, la danse changeait de forme. Haletante, la courtisane s’abandonnait. Ce n’étaient plus que gestes déments, ondulations amoureuses du torse, extase du sourire, appel des yeux et des lèvres, vers l’infinie volupté.

Tandis qu’elle s’agitait en un suprême frisson, les femmes, autour d’elle, l’encourageaient et, montrant la mariée rougissante qui, impassible, assistait à ce spectacle :

— Apprends-lui, ma sœur !… apprends-lui !…

(Alem-hïa Orcty, alem-hïa !)

Un parfum montait, fait de toutes les essences dont ces créatures étaient imprégnées, de leurs corps moites et de leurs chevelures sombres à relents sauvages.

L’air, peu à peu, devenait irrespirable.

Cette musique affolante achevait d’étourdir les pauvres recluses qui, grisées, énervées jusqu’au spasme, pleuraient et riaient tout à la fois, partageant la frénésie de la danseuse, accompagnant de la tête et des mains chacun de ses gestes.

La danseuse s’arrêta, ruisselante, épuisée, heureuse. Chacune des assistantes voulait essuyer la sueur de son visage et de sa poitrine. Quand elle fit à nouveau le tour de la salle, tendant à mesure son front et ses seins humides de sueur, ce fut à qui y poserait la plus grosse pièce de monnaie d’argent ou d’or.