Le lendemain seulement, et même parfois plusieurs jours après, s’achève la connaissance entre les époux, à moins que la jeune fille ne garde rancune et, se souvenant trop des premières politesses conjugales, ne force son mari à la conquérir par la suite en amant, après l’avoir humiliée en maître.

Les Turques ont en grand mépris cette coutume essentiellement locale que les Égyptiens d’aujourd’hui tiennent de leurs aïeux de l’époque pharaonique. Certaines tribus hébraïques la pratiquèrent.

Cependant, l’épouse turque mariée à un Égyptien ne peut pas toujours y soustraire ses filles, surtout dans la bourgeoisie. Elle risquerait de s’attirer le mépris de toutes les femmes qu’elle fréquente.

Chez les Fellahas, la chose se pratique d’une manière encore plus sauvage.

Des compagnons du mari se tiennent sous la fenêtre et tirent des coups de fusil en poussant des clameurs épouvantables, propres à étouffer les cris de la patiente, qui doit hurler pour bien témoigner de sa vertu.

On m’a affirmé que les chrétiennes (coptes) d’Égypte, surtout celles de la classe pauvre, n’échappaient point à l’affreux usage consacré par des siècles d’habitude. Ce n’est d’ailleurs pas le seul point de comparaison entre les deux cultes, en ce pays où le sol demeure si bien l’unique roi, qu’il est parvenu à pétrir tous ses enfants de son même limon généreux, leur faisant des traits et des âmes si pareilles que tous les mages, tous les patriarches n’y changeront rien.

Il était plus de minuit quand nous regagnâmes nos voitures.

Pour sortir de l’appartement des mariés, nous avions dû enjamber pas mal de corps de négresses déjà plongées dans le sommeil le plus lourd, et surtout une quantité innombrable d’enfants de tous les âges et de toutes les teintes.

Des semaines passèrent. Le mois sacré, le joyeux mois de Ramadan était venu.

La veille du premier jour, j’allais assister avec Azma et l’esclave Gull-Baïjass à la procession qui ouvre la fête.