Déjà, depuis le matin, toute la ville était en liesse. Le peuple n’est jamais très sûr de l’époque exacte où commence le grand jeûne.

Il faut que le grand chef de l’Islam ait vu la nouvelle lune à Constantinople, pour qu’il puisse télégraphier aussitôt la bonne nouvelle aux autres nations musulmanes.

Le canon tonne du haut de la citadelle, une immense acclamation partie à la fois de milliers de poitrines haletantes traverse l’air.

Le Caire est en joie.

La procession se met en marche.

Elle ne manque pas d’originalité. Tous les corps de métier y sont représentés par des chars où s’étalent les produits de leurs travaux ou de leurs industries.

Voici les boulangers. Ils ont installé un four véritable, fait de briques, sur la charrette longue et sans rebords. Ce véhicule n’a pas varié depuis l’occupation romaine et a même gardé son nom de carro. Mitrons et geindres s’escriment à qui mieux mieux à pétrir et à enfourner les galettes plates qui seront le pain.

Voici les bouchers apportant leur note barbare dans ce milieu de joyeuse fantaisie.

Aux cahots de la charrette, les corps refroidis des énormes buffles et des moutons gras pendent tristement et se balancent, parsemant la route de larges étoiles de pourpre.

Ils sont attachés à des espèces de gibets fixés à la charrette.