Dès la tombée du jour, du haut en bas de la demeure, les lustres pesants s’allument ; lustres de cristal aux pendeloques multiples, qui dansent encore un quart d’heure après qu’on les a touchées. Sur les tables, les flambeaux d’argent étincellent. Des guirlandes de fleurs décorent les murs de la pièce où l’on reçoit. Toutes les housses ont été enlevées, et l’or des dossiers et la soie des sièges reluisent superbement sous la violence de cette lumière.

Les femmes elles-mêmes ont l’air de meubles de prix. Vêtues de toilettes d’apparat, ornées de tous leurs diamants, des fleurs dans les cheveux et les pieds chaussés de mules brodées de perles, elles attendent les visites !…

Ces visites arrivent vers dix heures et se succèdent jusqu’après le repas de minuit… Toute la soirée, on sert des fruits secs, des bonbons, des sirops, du café et des profusions de cigarettes.

Cela dure ainsi tout le temps du Ramadan. Dans la journée, les femmes de condition aisée dorment jusque vers quatre heures. A ce moment les ablutions, la toilette, la coiffure, les amènent tout doucement jusqu’à l’Iftar, repas qui rompt le jeûne, et qui se sert au coup de canon, immédiatement après le coucher du soleil. De cinq heures du matin à six heures du soir, il n’est pas permis de boire une goutte d’eau ni de fumer une cigarette. Les femmes, très religieuses, poussent le rigorisme jusqu’à refuser de respirer même l’odeur d’un mets ou… l’arome d’une fleur.

Le Ramadan se termine par la fête du Baïram où, durant une semaine, les visites s’échangent en plein jour, où tous, indistinctement, maîtres et serviteurs, sont vêtus de neuf et s’abordent par le traditionnel :

— Kollo sana enta tayeb ! (Porte-toi bien toute l’année.)

Mais, tandis que les hommes se congratulent les uns chez les autres, les trois premiers jours, il n’est pas de bon ton d’aller voir les femmes de ces messieurs avant le quatrième. Ce jour-là, par exemple, les visiteuses se montrent dans leurs atours les plus magnifiques, comme pour les noces, celles qui n’en ont pas en empruntent. C’est à qui exhibera les toilettes les plus riches, les bijoux les plus précieux. Les fellahas se contentent d’être propres et cela suffit à les rendre tout à fait méconnaissables.

Presque tout à coup, ce fut l’hiver.

Je découvris une Égypte nouvelle, sous le ciel terne qui, insensiblement, remplaçait le ciel d’azur et d’or que j’avais admiré le plus souvent jusque-là.

Aux nappes claires des blés murs couvrant les plaines environnantes, à la fine poussière blonde s’échappant des aires, où paisiblement des paysans poussaient l’antique traîneau propre aux dépiquages, avaient succédé les récoltes magnifiques du cotonnier, richesse de ce pays. J’avais vu les feuilles luisantes d’un vert bronzé se couvrir de larges fleurs aux calices roses, jaunes ou blancs. Puis je vis ces fleurs se faner très vite et former la petite gousse d’où devait sortir la moisson neigeuse du fruit béni.