Azma, qui ne pouvait comprendre mon chagrin pour un événement qui lui paraissait de si mince importance, m’avoua par la suite qu’elle n’avait pas osé me contrarier, mais que pas un instant elle n’avait cru à la sincérité de cette Fellaha. La malheureuse voulait bien me laisser soigner et habiller sa Fatma, mais de là à me la confier à moi chrétienne il ne fallait pas connaître l’âme musulmane, pour y compter une minute.

Je gardai de cet événement une amertume profonde.

Le jour où j’ai été mère réellement, devant l’ivresse éprouvée rien qu’à regarder ma première fille, je me suis demandé comment j’avais pu croire un instant qu’une telle adoption eût pu remplacer l’enfant née de ma chair… Mais au harem, un peu de folie avait sans doute passé sur moi, et le départ de Fatma me fut une grosse peine…

XXV

Un matin du printemps suivant, les enfants d’Omma Hanem pénétrèrent dans ma chambre en criant toutes les deux à la fois :

— Réjouis-toi ! le jeune bey est venu !

Le jeune bey ! c’était mon mari… et je n’en pouvais croire mes oreilles. Je ne l’attendais que beaucoup plus tard, son arrivée me comblait d’une joie infinie.

Il eut peine à me reconnaître tant j’avais maigri et pâli. Il se montra très étonné de me voir parler l’arabe presque couramment. Mais pas un moment, je n’hésitai à repousser la proposition qu’il me fit d’attendre encore que notre installation fût complète pour m’emmener avec lui…

Ah ! la médiocrité du logis, la gêne, tout, plutôt que de rester une semaine de plus loin de lui, dans ce harem, où chaque jour je me sentais plus étrangère.

Il comprit mon désir et y accéda.