Les hommes, pendant ce temps, étaient relégués dans le Mandara ; il est contraire à l’usage qu’un mari musulman franchisse le gynécée, quand sa femme reçoit un harem étranger. Même pour dormir, monsieur doit se contenter de la chambre toujours prête aux étages inférieurs. Sous ce rapport, les musulmanes jouissent d’une liberté que peu de maris européens consentiraient à accorder à leurs femmes. Il y a, en Égypte comme en tout pays, des maris jaloux, forçant leurs compagnes à subir un contrôle de tous les instants et interdisant toute sortie à leur famille. Mais ces maris-là, je le déclare, sont des exceptions. Ici, plus qu’en France peut-être, la femme en ce qui concerne sa vie personnelle et ses relations féminines jouit d’une liberté excessive. Non seulement elle a le droit de recevoir toutes les amies qui lui plaisent et de leur offrir la plus large hospitalité, sans même consulter son mari, mais elle sort à sa guise, rentre quand il lui plaît, et se rend aux bazars, aux lieux de promenade, aux bains, sans la moindre gêne, pourvu qu’elle prenne soin de se faire accompagner.
XII
Un jour, au Caire, un de nos intimes, conseiller à la cour, m’invita à déjeuner à l’improviste chez lui. Il n’avait pas eu le temps de prévenir sa femme… Nous arrivons, mon hôte interroge le portier.
— Madame est là-haut, n’est-ce pas ?
Et l’autre, paisible :
— Mais non, bey. Madame est partie tout à l’heure pour la campagne, elle ne reviendra que dans deux jours.
Le bon conseiller ne sourcilla point, il m’emmena déjeuner à l’hôtel, et, devinant ma surprise, il crut devoir dire :
— J’ai des idées très larges. Ma femme fait ce qui lui plaît, j’agis de même, nous sommes un ménage très heureux…
Je ne pense pas qu’un mari parisien eût pris la chose de façon aussi philosophique.
Depuis, il m’a été donné de constater bien souvent l’extraordinaire facilité que les Égyptiennes et les Turques ont à réaliser leurs moindres caprices, à la condition toutefois que le mari n’en soit pas gêné lui-même.