Durant le cours de notre conversation, R… Pacha m’avait demandé :

— Avez-vous déjà été voir Dor-bey ?

Je dus avouer que je n’avais pas encore fait cette visite.

— Il faut y aller, me dit R… Pacha, je suis sûr que vous serez contente (sic).

J’y allai le lendemain et ce fut le seul bon conseil que m’ait donné le ministre.

Dor-bey, Suisse de Genève, occupait au Caire une haute fonction dans l’enseignement, il était inspecteur de l’Instruction publique. M. Mismer, en me remettant la lettre qui me recommandait à lui, m’avait déclaré :

— Si vous ne lui plaisiez pas, ma petite enfant, je crois bien que ma missive ne servirait pas à grand’chose ; mais, ajouta-t-il malicieusement, je sais bien que vous lui plairez !…

Ce n’était pas sans frayeur que je me présentai devant Dor-bey. Je savais qu’il s’était opposé de toutes ses forces à notre mariage, allant jusqu’à menacer mon mari de le rayer des cadres de la mission, s’il persévérait dans ses intentions de prendre femme en Europe.

— Votre gouvernement, — écrivait-il dans une lettre officielle que j’ai encore, — vous envoie en France pour y faire vos études et non pour vous marier…

Mon mari avait passé outre.