Après ces confidences, une gêne demeura entre nous, peut-être la fille très tendre qu’était Azma regrettait-elle de m’avoir ouvert son cœur ?… Elle avait une rare délicatesse de sentiments et la certitude de l’effet produit sur moi, Européenne, par les paroles que je venais d’entendre, n’était point sans l’inquiéter. J’étais trop jeune, trop peu habituée à dissimuler, pour essayer même de la détromper. De ce jour, l’oncle que je commençais à aimer très sincèrement me parut odieux, jusqu’au moment où il me fut devenu tout à fait indifférent. Ma tendresse était partie avec mes illusions.

Ce fut en vain que j’appelai le sommeil cette nuit-là.

Les récits entendus revinrent à mon esprit en sarabandes endiablées. La famille n’existait pas, ne pouvait pas exister en terre égyptienne, tant que les hommes persisteraient à faire une loi de leur plaisir…

Quelle confiance accorder, quel dévouement consacrer à celui qui, presque sûrement, nous trahira l’heure venue, et n’éprouvera même point le besoin de cacher ou seulement de voiler sa trahison reconnue légale, et comme faisant partie intégrante de ses droits ?…

Au jour, je repris courage avec le retour de la lumière. Je me reprochai mes sottes idées, mais le soupçon était entré en moi et longtemps je devais en souffrir…

Le lendemain, Alima Zoraïjera vint me réveiller :

— Vite, vite, habille-toi, madame ma maîtresse veut t’emmener avec elle !…

— Où cela, Alima ?…

— Chez des amies, là-bas, derrière Saïda-Zénab.

— L’indication était vague. Je me décidai cependant à obéir aux volontés d’Azma, dans la crainte de lui causer de la peine, si je refusais de l’accompagner dans sa visite.