Pendant la guerre de Morée, où il se battit d’ailleurs comme un diable, le vice-roi faisait attacher à la bouche des canons toutes les femmes et les enfants des villages vaincus, et on les condamnait à périr ainsi sous la mitraille. Pour les hommes, le pacha exigeait qu’on lui apportât les oreilles et les mains des victimes tuées au combat, ou seulement blessées, renouvelant ainsi, à trente siècles de distance, les exploits atroces d’un Cambyse ou d’un Assur-Bani-Bal.
N’importe quelle femme ou jeune fille lui était bonne, pourvu qu’elle sût plaire à ses sens, ou qu’il eût seulement entendu vanter des charmes inconnus de lui.
Non content des milliers d’esclaves blanches ou noires qui peuplaient son palais, il lui fallait encore les épouses et les vierges dont il croyait pouvoir retirer quelque plaisir. Son désir ne souffrait point de retard.
Les pères et les maris ne le gênaient guère. Il récompensait ceux qui, de bonne grâce, lui remettaient l’objet convoité et faisait immédiatement emprisonner et disparaître les autres. Quant aux femmes, il les gardait si elles avaient su lui plaire, mais, le plus souvent, il les offrait en cadeau à ses soldats après les avoir connues, ou les faisait simplement jeter au Nil, si leur docilité ne s’était pas montrée assez complète à la brutalité de ses exigences.
Ayant voué une haine mortelle à un officier de mérite que tout le pays estimait, et n’osant le condamner sans raison, il l’invita à faire avec lui une partie de chasse à la campagne. L’officier accepta. On se mit en route gaîment ; mais, le premier soir, les chevaux, subitement fatigués, refusèrent le service.
— Qu’à cela ne tienne ! dit le pacha, — on va se reposer ici et passer la nuit sous les tentes !…
Il ordonna un repas copieux et fit boire l’officier plus que de raison. Après le repas, le maître voulut jouer aux échecs. Dès les premiers coups, il accusa l’officier de ne pas jouer loyalement. Celui-ci, sous le coup de l’ivresse, se défendit et ne craignit point d’élever la voix.
— Va donc en enfer, chien, fils de chien ! qui ne rougis point de tenir tête à ton maître !
Et tirant un pistolet, il tua à bout portant le malheureux officier.
Le pacha n’était pas plus tendre avec les Fellahs qui se refusaient à payer l’impôt. Dans presque tous les districts se dressait un solide sycomore qui pourrait encore témoigner de la façon dont opéraient les agents du fisc sur l’ordre du maître. Le paysan convaincu de mauvaise volonté, était amené au pied de l’arbre et on lui clouait les oreilles sur le tronc. Il restait là jusqu’à ce que des parents charitables vinssent payer pour lui la somme exigée. Si personne ne pouvait payer, on le laissait mourir tranquillement en cette posture.