Un soir de bataille, un jeune Grec héroïque était parvenu à traverser trois fois de suite le camp du pacha, tuant les sentinelles endormies et volant leurs armes. Toute la famille de ce jeune homme avait été massacrée par ordre d’Ibrahim. La quatrième nuit, l’intrépide Grec revient à l’assaut. Mais cette fois le pacha veillait.
— Qu’on le saisisse et qu’on l’amène vivant, ordonna-t-il.
On le lui amena.
Il le fit cuire devant lui, dans un four à chaux que l’on alluma tout doucement.
Un autre Hellène d’une grande beauté ayant été fait prisonnier dut servir de jouet toute une nuit aux gardes féroces du pacha.
Au matin, le malheureux, indigné, meurtri, se soutenant à peine, s’alla jeter aux pieds du souverain, le priant de punir les coupables.
— Eh ! quoi, dit Ibrahim, une telle figure n’aurait point attiré les regards des hommes de goût et provoqué leurs convoitises ?… Je n’ai qu’un regret, mon garçon, c’est que toute mon armée n’ait pas, comme ces soldats, apprécié tes mérites. Mais, puisque tu te plains, je serai généreux. Va, la mort te délivrera du fardeau de honte que ta grande vertu ne peut supporter.
Et, l’ayant fait lier à un arbre, il ordonna à la troupe de tirer sur lui.
Le pauvre enfant tomba percé de balles.
Je terminerai par un acte de férocité moins connu. Le maître avait coutume de faire sa sieste dans un pavillon tapissé de plantes grimpantes et grillagé de tous côtés pour laisser pénétrer l’air que les Orientaux recherchent par-dessus tout. Ses eunuques avaient ordre d’amener un petit troupeau de femmes, choisies parmi les plus belles, et de les faire promener à petits pas autour du pavillon… Le pacha, à travers le grillage, faisait un signe à celle qui lui plaisait… Aussitôt, toutes les autres devaient s’enfuir comme un vol d’oiselles. Seul, l’eunuque de garde demeurait en faction derrière la porte. Un soir, une toute jeune fille, curieuse et folle, paria qu’elle oserait ce qu’aucune n’avait osé jusque-là et demeurerait près du pavillon, malgré tout le monde.