Quand, au signal consacré, la créature choisie quitta ses compagnes et entra dans le pavillon, l’esclave mutine, qui avait fait le pari, se borna à marcher paisiblement dans l’allée, feignant de s’attarder à cueillir des fleurs, tandis que ses sœurs en servitude s’étaient sauvées d’un seul élan. L’eunuque s’avança vers la rebelle, prêt à l’entraîner, mais déjà, dans l’encadrement de la porte, la face terrible du pacha apparaissait.

— Tu voulais voir, esclave !… Regarde bien…

Et tandis que la pauvre enfant, comprenant trop tard sa témérité, levait sa tête suppliante, essayant de soutenir le regard féroce qui la terrorisait, deux coups de feu retentirent et elle tomba, fleur brisée, parmi les autres fleurs du parc.

Cependant que le maître, montrant le corps frêle à la favorite de l’instant, disait :

— Voilà, femme, comment votre Seigneur punit les révoltées et les curieuses…

Une autre fois, Ibrahim ayant demandé où se trouvait son mamelouk favori qu’il avait vainement appelé depuis un instant, on lui répondit que cet homme était au bain.

— Sans ma permission ! — rugit le pacha, — il a osé aller au bain… Qu’on l’étrangle !…

Deux jours plus tard, le vice-roi se rendit au cimetière où l’on avait déposé le cadavre du supplicié et, ne trouvant point le châtiment suffisant, il ordonna de déterrer le malheureux et le fit enfouir à nouveau, mais en recommandant de laisser les pieds dehors, pour permettre aux hyènes et aux chacals d’en faire leur pâture…

La sœur d’Ibrahim, la fameuse princesse Zohra, chez laquelle la mère des jumelles avait vécu, ne le cédait en rien à son terrible frère, sous le rapport de la débauche et de la férocité.

Bien avant qu’Ibrahim montât sur le trône, elle s’était attiré les foudres de leur père commun, le grand Mohamed-Aly.