Et la faible créature cède. Chancelante, les yeux agrandis par la terreur, elle va trouver le gardien des morts… Celui-ci se fait d’abord prier pour la forme, mais un talari[24] gentiment offert à raison de ses scrupules :

[24] Cinq francs.

— Vite, vite, femme, dépêche-toi, il n’y a personne !…

Lestement, il a fait glisser la lourde pierre tombale. La mère descend les degrés, serrant son enfant contre son sein. Une odeur affreuse monte de l’abîme où ils s’enfoncent… La femme dénoue brutalement l’étreinte qui attache à son cou les mains frémissantes de l’enfant horrifié. Fermant les yeux, elle dépose le pauvre être hurlant d’effroi sur le sable gluant de matières innommables et elle fuit.

C’est là, dans ce lieu redoutable, que les Ibliss tiennent conseil et l’ange pitoyable aux mères va venir chasser du corps de l’enfant celui qui s’y est naguère installé en maître.

Au bout d’un moment, la femme reparaît et reprend son fils. Le miracle s’est-il opéré ?

Revenue à la lumière, la mère regarde… Hélas ! le plus souvent, c’est un demi cadavre qu’elle remporte chez elle. Le petit être, à demi suffoqué, respire à peine, et meurt au bout de quelques heures. Mais l’exemple ne corrige personne et les préjugés comptent une humble victime de plus.

L’aïeule console sa bru.

— Puisque l’Ibliss n’est point parti, le bon ange a eu pitié de ton fils ; ne pleure pas, tu as maintenant un gardien au paradis, selon la parole de notre prophète.

Les cimetières donnent lieu à bien d’autres scènes, plus étranges et plus inattendues les unes que les autres ; mais, heureusement pour la population égyptienne, le conseil d’hygiène veille aujourd’hui et ces coutumes barbares diminuent sensiblement en attendant qu’elles prennent fin, ce qui, vu la sévérité des lois actuelles, ne saurait tarder.