Pour l’instant, on ne prévoyait guère ces jours malheureux, et le souverain ne semblait point courir à sa perte. Il marchait lentement comme il sied à un personnage sur lequel reposent les destinées du royaume et je le vis disparaître dans les appartements de la princesse, tandis que ma nouvelle amie, Sta-Abouha, bondissait vers moi à la façon d’un chat sauvage.

— Où donc étiez-vous cachée, petite Sta-Abouha ?

Elle me montra le rideau de la portière.

— Là !… je n’ai pas perdu un mot de la conversation. Eh bien ! ma chère (sic), il a été très bien, savez-vous ?

— Qui cela ?

— Le khédive ! Il n’est pas aussi aimable avec tout le monde, allez… Quand on ne lui plaît pas, il ne dit rien.

Mais la gentille sauvageonne ne pouvait longtemps demeurer en place. Ce jour-là, à mesure qu’elle se familiarisait davantage avec moi, elle tint à me faire visiter le palais dans tous ses détails. Elle m’entraîna donc à sa suite par les vastes couloirs et les interminables corridors. Nous gravîmes ensemble des centaines de marches, nous pénétrâmes dans les chambres les plus somptueuses et descendîmes jusqu’aux réduits les plus obscurs. Sur notre passage, de vieilles femmes circassiennes se montraient et, curieusement, interrogeaient Sta-Abouha.

— Qui est cette jeune femme ?

Elle répondait selon son caprice, peu soucieuse de s’arrêter et surtout de perdre un instant de ma société, qui, disait-elle, en son langage imagé, lui était « plus douce que la lumière ». Les eunuques nous souriaient avec bienveillance.

— Ils sont gentils pour vous, Sta-Abouha ? demandai-je.