— Qui ça ? Les eunuques ? Peuh ! cela dépend !… Je ne suis pas esclave. Ils ont un peu peur de ce que je pourrais raconter dehors quand je vais, par hasard, chez ma mère. Je pense qu’ils n’oseraient point trop me frapper.
— On frappe donc encore, ici ?
— Ah ! si l’on frappe ?… Mais d’où sortez-vous donc, pauvre ignorante ? on fait bien pis. A propos, vous vous souvenez de la jolie fille blonde qui était avec moi la première fois que vous êtes venue ici ?
— Aldaat-Maas ?
— Aldaat. Oui, pauvrette ! Elle est partie.
— Partie ! Pourquoi ?
— Ils l’ont vendue, il y a trois jours, mais si malade que je ne sais si elle vivra chez ses nouveaux maîtres.
Comme je m’étonnais, Sta-Abouha me fit à voix basse le récit suivant :
— Aldaat, malgré son profil de madone et ses yeux d’enfant, n’était pas très sage… Tout le monde savait au palais, qu’à part de nombreux méfaits, on lui pouvait reprocher encore une très bizarre amitié amoureuse pour le jeune Nazir-Aga, un eunuque du plus beau noir qui avait grandi près d’elle dans le palais… On les avait souvent surpris enfermés dans les caves où cachés sous les massifs du jardin, après que les portes étaient closes… Mais comme le prince n’avait pas encore daigné remarquer la jeune fille et que les privautés de son étrange ami ne pouvaient, en somme, avoir de conséquences appréciables, on s’était contenté de les faire fouetter tous les deux.
Or, voici qu’après un châtiment plus cruel peut-être, les jeunes gens s’étaient révoltés. Sur les conseils de l’eunuque trop entreprenant, Aldaat-Maas avait volé les diamants de la princesse et on l’avait arrêtée au moment où elle les glissait à son complice… Celui-ci devait les vendre de façon à obtenir la somme nécessaire à leur fuite à tous les deux. Cette fois, la punition fut terrible ! Aldaat et son ami furent condamnés à la bastonnade sur la plante des pieds…