J’ai longuement parlé de ce supplice[25] qui, s’il ne met que rarement la vie des victimes en danger, est cependant un des plus atroces qui se puisse ordonner au point de vue de la douleur qu’il provoque.
[25] Le prince Mourad.
— Il faut dire qu’à part le vol des diamants, le crime des deux jeunes gens se compliquait encore d’une tentative d’incendie des appartements de la princesse, les coupables ayant cru pouvoir prendre la fuite à la faveur des troubles qui en résulteraient au palais. Mais le feu avait été rapidement étouffé et les voleurs surpris…
La violence avec laquelle Aldaat-Maas avait été frappée était cause d’une fièvre grave ; et maintenant, transportée en ville chez d’autres personnes, la pauvre fille se mourait, refusant même les soins et les remèdes, décidée à laisser se terminer son existence d’esclave. L’eunuque avait été vendu à Constantinople.
Je demandai à Sta-Abouha quelle était l’impression produite au palais par cette histoire. Ma petite amie eut un haussement d’épaules significatif :
— Que voulez-vous que l’on dise ? On ne vole pas tous les jours les diamants de la princesse ; mais il ne se passe guère de semaine sans qu’une esclave mérite quelque châtiment… On est habitué à ces choses qui font partie de notre existence au harem. Seule, la mort nous étonne un peu. Encore faut-il qu’elle touche une de nos compagnes habituelles… pour les autres, on ne s’en inquiète pas. On ne vous a parlé que vaguement de Gamyla, n’est-ce pas ?
Je dus avouer que l’on ne m’en avait même point parlé du tout.
— Eh bien ! Gamyla était mon amie, poursuivit Sta-Abouha. Vous ne savez pas comme je l’aimais… Un jour, la princesse la fait appeler et lui dit :
— Réjouis-toi, Gamyla, on a fait faire ton trousseau. Je te marie dans un mois !…
Gamyla aimait en secret le secrétaire du prince, un jeune Turc, très brave et très beau, qui lui avait promis de la demander au maître. Ils se rencontraient en grand mystère dans le jardin, la nuit, avec la complicité d’un eunuque auquel la pauvre Gamyla donnait toutes ses économies !… Elle dut cependant baiser la main de la princesse à l’annonce de la terrible nouvelle et se retirer en silence… Une esclave n’a le droit de rien demander…