Le soir, dans notre chambre, elle chercha avec moi à se souvenir des femmes que nous avions vues parmi les visites de la semaine. Et voici qu’elle se rappela tout à coup une horrible vieille, qui l’avait fatiguée de questions et palpée sur tout le corps comme un animal.

En Turquie et en Égypte, quand un homme désire prendre femme, il expédie sa mère ou ses sœurs dans les palais où elles examinent les jeunes filles qu’on leur présente et viennent ensuite rendre compte de leur mission à l’intéressé qui fait alors sa demande à qui de droit.

— C’est celle-là ! pensa-t-elle…

Elle ne se trompait point. C’était bien pour le frère de cette femme qu’on la demandait. Le futur, vieillard achevé, malade, ayant déjà trois épouses fanées, voulait réchauffer ses os glacés à une chair jeune et bien vivante.

Gamyla pria, pleura, se traîna aux pieds de la princesse et de son fils. Celle-ci demeura inflexible. Le mariage eut lieu. Gamyla laissa sa calfa la vêtir en épousée et la parer de son mieux ; mais, la nuit venue, au moment où les voitures du palais attendaient la mariée et les femmes de la noce pour les conduire au domicile de l’époux, on chercha vainement Gamyla dans toutes les chambres du palais.

On ne la retrouva que le lendemain pendue à un sycomore, celui-là même qui, si souvent, avait abrité ses rendez-vous…

Au lieu du carrosse de gala drapé de superbes cachemires préparés pour la circonstance, ce fut le cercueil qui reçut la triste fiancée et qui l’emporta hors de la demeure du prince. Moi seule et sa vieille calfa l’avons pleurée…

— Mais c’est affreux, cela, petite Sta-Abouha !…

— Affreux, certes ! Moins cependant que l’histoire du petit agneau…

— Quel petit agneau, Sta-Abouha ?…