C’est le soir !… Il a fait très chaud toute la journée et la maison, surchauffée par les rayons d’un soleil torride, a gardé dans ses murs une température si élevée que, malgré les courants d’air établis partout, on suffoque.
Dans le hall où le repas s’achève, nous sommes tous assis autour du traditionnel plateau, où s’étale, fraîche et saignante à souhait, une succulente pastèque.
Le cousin Ahmed-bey a découpé habilement le cœur du fruit et le partage en morceaux, qu’il nous distribue en maître de maison magnanime, gardant pour lui la partie la moins délicate.
On mord à belles dents la pulpe savoureuse, dont le jus découle de toutes les lèvres en bave rose. C’est délicieux et dégoûtant à la fois.
A terre, comme un animal familier, Zénab achève les écorces que le bey lui jette, sans qu’elle songe le moins du monde à s’en offenser. Mais, la dernière bouchée finie, elle se traîne sur les genoux jusqu’à l’hôte et sa voix se fait larmoyante pour demander :
— Amel-Maarouf, Nébit, ia bey ?… (Faites-moi plaisir… du vin, mon bey !)
Dès le premier jour de mon arrivée, et pour me faire honneur, on a servi, sur la table de famille, la rouge boisson prohibée par le prophète.
J’ai constamment refusé d’en prendre. Mais, comme on a continué de placer le fiascho devant moi, presque chaque jour, la même scène amusante se reproduit.
Vers le milieu du repas, au moment de faire appel à l’esclave pour lui verser à boire, avant de prononcer le mot consacré (Essinni ! — Désaltère-moi !), le cousin, hypocritement, se tourne vers moi et demande :
— Ma cousine, vous ne prenez pas de vin ?…