Le meurtre du premier ministre, Botros-Pacha-Gali, assassiné le 13 février 1910 par l’étudiant Wardani, n’eut pas d’autre cause. Botros ne fut point frappé comme ami de l’Angleterre, mais uniquement parce que, pour beaucoup, le choix d’un chrétien dans le ministère froissait les sentiments religieux.

Qu’il me soit permis de noter ici une remarque strictement personnelle, basée sur la plus consciencieuse, la plus constante observation.

N’est-il pas curieux de constater que, parmi tous ceux qui essayèrent de secouer le joug anglais en terre d’Égypte, depuis le précurseur Mustapha Kamel jusqu’aux émeutiers si tenaces de ces dernières années, le mouvement a été surtout suivi par les étudiants et par les élèves des écoles secondaires, c’est-à-dire par ceux-là mêmes qui, placés depuis longtemps sous la direction des professeurs anglais, auraient dû les premiers courber la tête et, mieux que tous les autres, subir le joug sous lequel on les entraînait ?

Et c’est là que j’arrive au point délicat de ces notes, que je voudrais surtout impartiales.

Je ne parlerai ni des écoles militaires, autrefois florissantes, ni de l’École de médecine, ni de l’École de droit, toutes trois créées par des Français dévoués à l’Égypte et parvenues, grâce à leurs efforts, à un tel degré qu’il permettait tous les espoirs. Il me suffira de citer simplement les écoles proprement dites, celles qui, de par leurs fonctions mêmes, forment les futurs hommes d’une nation.

Quand j’arrivai en Égypte, le gouvernement commençait à peine de créer quelques écoles, dont la direction supérieure était confiée, pour la majeure partie, à des Français ou à des Suisses. L’instruction publique demeurait elle-même entre les mains d’un Genevois de grande valeur dont il m’a été donné plus d’une fois d’apprécier la vaste érudition et la grande autorité. Il se nommait Dore-bey. Ces écoles, faible balbutiement d’un pays qui s’éveille, prenaient leur essor quand survinrent les événements déjà cités.

Mais bien avant, la France avait apporté en Égypte, sur l’aile de ses missions, la bonne parole de la science et les premiers principes de la civilisation moderne. Les Lazaristes, les Frères des Écoles chrétiennes, puis les Pères des Missions africaines de Lyon, enfin les Jésuites, s’efforçaient à donner aux garçons l’instruction que les élèves de France recevaient dans leurs collèges. Les filles n’étaient pas non plus oubliées. Les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, les Dames de Sion, de la Mère de Dieu, les Sœurs de Saint-Joseph, de la Délivrande, et enfin les Dames du Sacré-Cœur, répandaient sur les jeunes âmes féminines orientales les bienfaits d’une éducation jusque-là confiée à des institutrices particulières — luxe onéreux que les familles assez riches pouvaient seules se permettre. Et que l’on ne se figure point que religieux et religieuses exerçassent la moindre pression sur l’esprit des enfants confiés à leur garde. Musulmans, Israélites et Chrétiens travaillaient ensemble, sous le regard des Pères et des Sœurs, sans que jamais aucune des différentes confessions pût être froissée. L’instruction religieuse était donnée à chaque groupe par les prêtres de son culte.

Quelques années plus tard, le bagage se trouva augmenté par l’institution de deux lycées français, l’un au Caire, l’autre à Alexandrie, et par des écoles de l’Alliance israélite.

Dans toutes ces écoles sans exception, les enfants recevaient et reçoivent encore une instruction assez complète pour que le gouvernement français ait cru nécessaire de déléguer chaque année des professeurs, qui viennent faire subir aux élèves les épreuves du brevet, simple et supérieur, et celles du baccalauréat.

Ces écoles, qui n’ont cessé de prospérer en ces dernières années, avaient atteint au 10 mars 1919 le chiffre respectable de 27 000 élèves appartenant à toutes les races, professant tous les dogmes, mais unis fraternellement dans le double amour de l’Égypte qui les a vus naître, et de la France qui les instruit. Non seulement la langue du pays, l’arabe, n’était pas négligée, mais les plus savants ulémahs du Caire et d’Alexandrie étaient appelés à parfaire sur ce point l’érudition des Musulmans attachés à l’école.