La Mission égyptienne a été l’une des premières œuvres sacrifiées au régime de l’occupation. Déjà, vers 1902, Mustapha Kamel appelait sur ce fait l’attention du public :
« La Mission égyptienne est une institution chargée de compléter à Paris l’instruction des meilleurs étudiants égyptiens, qui a donné à l’Égypte ses hommes les plus distingués ; fort importante autrefois, elle n’est plus composée, à l’heure actuelle, que d’une dizaine d’étudiants, pour la moitié Arméniens. On empêche maintenant les étudiants de venir en France, on les force à se rendre à Londres où ils avouent pourtant ne pouvoir faire de bonnes études. »
Ce qui était vrai en 1902 l’est devenu plus encore aujourd’hui. La Mission égyptienne est morte à jamais.
Les raisons invoquées par les occupants sont que le français cesse d’être utile, puisque tout se fait désormais en anglais.
Et c’est pourquoi nous voyons un peu chaque jour disparaître notre langue et s’éteindre notre prestige, en ce pays où la France, si longtemps, demeura la nation reine, aimée et admirée de tous.
Insensiblement, les enseignes des quartiers européens, presque toutes rédigées dans notre langue, sont devenues des enseignes anglaises. Les magasins, du plus grand au plus petit, n’acceptent plus un employé qui ne parle l’anglais. Même dans les métiers les plus obscurs et les moins estimés, tels que bourriquiers et boyaguis (cireurs de bottes), ce n’est plus en français que le boy accoste le passant ou le consommateur assis à la table des cafés ; le « Cirez, Missié » est devenu : « Shoes ? »
L’ânier, le fameux ânier du Caire, célèbre depuis l’Exposition de 1889, ne nous parle plus de son baudet, mais son geste, qu’il essaie de rendre noble, vous désigne la bête qu’il vous offre en prononçant du bout des lèvres : « Donkey, sir ? »
Et tout est à l’avenant.
Malheureusement pour nous comme pour les Anglais, tout ceci n’est qu’apparence.
Le peuple d’Orient, j’entends le bas peuple qui vit de l’étranger et surtout du touriste, s’est de tous temps adapté avec une extraordinaire facilité à ceux qui lui faisaient gagner son pain. Il eût été facile à l’Angleterre de conquérir des âmes, qu’un penchant naturel pousse vers leur intérêt, mais qui souhaiteraient pourtant que cet intérêt s’accordât avec leur sympathie. Au contraire, il semble que l’Anglais si parfaitement correct, si digne, si généreux avec les égaux qu’il estime, ait pris à tâche de s’aliéner les cœurs égyptiens, en nous les aliénant du même coup.