J’ai montré plus haut combien notre influence est en train de diminuer en Égypte, en attendant qu’elle soit éteinte. Je n’ajouterai que quelques lignes à cette constatation.

Le gouvernement ne fait rien en soi pour empêcher le succès de nos écoles françaises, à quelque confession qu’elles appartiennent, mais le jour venu où l’élève doit gagner sa vie, il verra toutes les portes se fermer devant lui s’il ne peut exhiber un diplôme gagné aux écoles gouvernementales ou anglaises. En conséquence, les parents les plus désireux de confier leurs enfants à des professeurs français reculent avec raison devant l’incertitude de leur avenir. A quoi bon une science qui ne pourra servir à rien ?

Plus qu’ailleurs, la passion du fonctionnarisme sévit en Égypte ; si alléchantes que semblent les carrières libérales, bien peu nombreux sont ceux qui poussent le courage jusqu’à s’y adonner complètement : l’amour du « poste » est plus fort que tout.

Et c’est ainsi que, peu à peu, notre douce langue française, si chère à l’Orient musulman, disparaîtra des programmes de l’Égypte, à moins que nos écoles n’obtiennent du gouvernement français le moyen de continuer la lutte. Il n’est pas question de politique, mais de simple tradition. Quelle autre terre peut, comme l’Égypte, revendiquer l’influence française ? De Mohamed-Aly, le grand souverain, jusqu’à Ismaïl, qui donc rendit l’Égypte florissante ? N’est-ce pas à nos ingénieurs, à nos financiers, à nos officiers, que les vice-rois firent constamment appel, pour le plus grand bien et la plus grande gloire de leur pays ?… N’est-il pas permis de répéter, après tant d’autres, que l’Égyptologie est une science française ?

Alors, ne fût-ce qu’en souvenir des illustres compatriotes qui vinrent, au prix de mille dangers, de difficultés sans nombre, porter au delà des mers les lumières de notre pays, il serait simplement équitable de ne pas laisser tomber, de nos mains paresseuses, le flambeau que d’autres tinrent si superbement.

On ne nous en estimerait, je pense, que davantage.

Chez nous, personne ne s’inquiète des derniers événements survenus en Égypte ; pourtant nos écoles, comme les écoles indigènes, en ont subi le douloureux contre-coup. Les scènes regrettables qui se sont déroulées depuis 1919 ont obligé bien souvent les directeurs de fermer les portes de leurs établissements.

Voici en principe la genèse de ces troubles qui, loin de se calmer, redoublent en ce moment d’intensité et menacent profondément la vie intellectuelle et économique du pays.

Saad-Zagloul-Pacha, ancien ministre, vice-président de l’Assemblée législative et chef du parti nationaliste, avait lancé cette sorte de référendum : Quels sont les sentiments de l’Égypte nouvelle ? Le peuple accepte-t-il le protectorat anglais, ou demande-t-il à reprendre son indépendance ?