Une fois à l’étage supérieur, la mariée est de nouveau livrée aux mains de femmes, et l’homme, qui n’a pas encore contemplé ses traits, revient se mêler aux invités mâles qui remplissent le rez-de-chaussée.

Là-haut, cependant, la fête commence, presque pareille à celle de la première nuit.

Vers une heure du matin, l’héroïne de la fête est enfin conduite dans la pièce où le trône nuptial a été préparé.

Sur une estrade où se dresse un dais superbe, des fauteuils de velours ont été placés. La jeune fille prend place sur celui de droite, et alors commence la distribution des cadeaux, que l’on étale à ses pieds en criant très fort le nom du donateur. Les cachemires sont lancés un à un devant l’épouse, les écrins s’amoncellent, et elle demeure impassible, blême sous le fard, glacée et tremblante à l’approche de l’heure terrible où l’époux inconnu va venir.

Et voici qu’éclatent les cris fatidiques : El-Ariss (le marié !).

Les danseuses sont allées au-devant de lui ; de leur pas rythmé elles le précédent en chantant et le conduisent enfin devant l’épouse rougissante.

Après une courte prière qu’il récite tourné vers la Mecque, le jeune homme s’avance et, d’un geste brusque, arrache le voile de la jeune femme. Ils boivent l’un après l’autre, au même verre, le sirop que leur tend la plus vieille esclave de la maison, et ils s’asseyent enfin sur leurs sièges respectifs.

Tout le monde se retire et ces deux êtres, mari et femme, demeurant en présence l’un de l’autre, s’ignorent encore complètement ; il faut parfois plusieurs semaines pour rompre une barrière que tout autour d’eux rend infranchissable.

Ces coutumes qui, il y a peu de temps, semblaient immuables comme la couleur du ciel et la teinte des prairies, tendent aujourd’hui à disparaître à peu près complètement dans les villes. Une Égypte nouvelle est née qui, peu à peu, transforme les caractères et change les mœurs. Même dans les provinces, les habitudes anciennes se perdent. C’est ainsi qu’aux jours de noce le marié, avant d’entrer définitivement dans la maison où l’épouse l’attendait, était d’abord conduit à travers la ville puis à la mosquée. Il marchait gravement, les yeux baissés, entre deux amis qui présentaient à ses narines un énorme bouquet en forme de botte, meilleure façon d’éviter le mauvais œil. Devant eux la procession déroulait ses spirales à travers les rues ridiculement étroites. Sur deux rangs, une foule d’hommes précédait le fiancé, chacun tenant un cierge allumé et un bouquet de fleurs. Tout à fait en avant, des femmes du peuple portaient de pesants flambeaux d’argent couverts de bougies allumées, et ces femmes lançaient dans la nuit le fatidique zarrout, reste de la primitive Égypte.

Aujourd’hui, l’époux s’en va en automobile, tandis que ses compagnons tirent des pétards, effroi des promeneurs attardés. Les cérémonies d’antan ont disparu, comme tant d’autres, emportées par le progrès.