Héliopolis !… tous les cœurs nourris de la moelle grecque ont tressailli à ce nom fameux, chaque période ajoute un noyau au chapelet des souvenirs.

La Vulgate nous apprend qu’un jour Anahim fils de Misrahim et petit-fils de Cham, chef de la tribu des Onon, s’en vint fonder en Égypte la ville d’Onon du Nord, que les hommes du Nil nommèrent Héliopolis par la suite, parce qu’elle se trouvait au centre du Nome Héliopolithe. Élevée sur une colline artificielle, elle devint en peu de temps le siège de l’école de théologie, célèbre dans le monde entier. Solon, Pythagore, Eudoxe et son ami Platon y puisèrent les principes de leur science, mais Orphée, le premier de tous, connut la fierté de lire les précieux ouvrages qu’il avait reçus de la main d’Ethimeus. Plus tard, ces mêmes livres furent montrés à Pythagore par le sage Berenius. Les professeurs de Platon étaient Patheneith, Ochaaps et Sechnouphis.

Le collège de théologie devint ensuite la gloire de la fameuse cité, parce que de ses murs devaient partir les fondements de la science hermétique.

Le Phénix était adoré à Héliopolis. On sait que, d’après les Grecs, il émigrait tous les cinq cents ans à l’Est et s’abattait dans le temple de Râ. Hérodote nous enseigne que cet oiseau, pieux entre tous, apportait avec lui le corps de son père, après en avoir creusé la place dans un œuf de myrrhe, et venait le brûler avec lui-même dans un bûcher de bois odorant. Il renaissait ensuite de ses cendres et recommençait une nouvelle vie, pour finir par le même voyage.

En réalité, ce culte est celui d’Osiris. Le Phénix, sorte de vanneau des bords du Nil, incarnait Thot, tandis que l’épervier représentait Horus. Hatouma personnifie Râ, longtemps adoré à Héliopolis sous la forme du disque.

Mais la cité lumineuse d’où la sagesse des dieux devait se manifester pour s’étendre ensuite sur le monde, tirait dès cette époque son immense célébrité d’une source plus accessible à la moyenne des esprits humains.

Il n’y eut pas que des philosophes, des initiés et des cénobites en terre égyptienne !… Le peuple véritable se montra, au contraire, de tout temps, bon vivant, d’humeur facétieuse et de joyeuse insouciance. La santé constituait, pour les fils du Nil, le premier des biens enviables.

Héliopolis devait à sa situation unique une salubrité incomparable. Et l’on vit, durant des siècles, cette chose surprenante : tandis que les environs de Memphis la superbe et de Thèbes la royale se peuplaient de nécropoles immenses, nul ne songeait aux morts dans la tiède Héliopolis. Les habitants de cette ville atteignaient tous un âge si avancé qu’on n’y voyait presque pas de funérailles.

Les temps ont changé. Les conditions climatériques demeurent semblables.

La nouvelle Héliopolis, bâtie à 40 mètres d’élévation au-dessus du Caire, domine la plaine immense. Elle a deux mille hectares de superficie, et les maisons sont construites de telle sorte que l’air et la lumière circulent librement entre chaque immeuble.