On amenait là le paysan qui refusait de payer l’impôt et on le clouait à l’arbre par une oreille, jusqu’au versement complet de la somme due. Quand le paiement ne pouvait s’effectuer, on coupait l’oreille et l’homme était pendu immédiatement.

Ses compagnons de misère pouvaient voir ensuite le corps se balancer parmi les fruits du sycomore, jusqu’à ce que rien ne restât plus du mauvais payeur, ou qu’un autre, aussi pauvre que lui, vînt prendre sa place.

On peut voir encore un arbre semblable dans le Wardan, près du barrage.

L’usage de ce supplice resta fort répandu en Égypte jusqu’à la fin du règne d’Ibrahim-Pacha. Ses successeurs, plus humains, l’abolirent par la suite.

De retour à Damiette, je retrouve avec plaisir l’animation joyeuse du port, et la tranquillité sereine de la pharmacie.

Après un second rafraîchissement à base de tamarin, nous remercions l’aimable disciple d’Hippocrate et prenons place dans la barque qui va nous conduire à la plage originale de Rass-el-Bahr.


Il est six heures. Le port, vu à travers le prisme du soleil couchant qui met en valeur mille détails imprévus, se pare d’une surprenante beauté.

Durant près d’une heure, nous côtoyons la palmeraie. Déjà les ombres du soir forment sous les arbres de grandes bandes noires, découpant sur notre gauche des silhouettes bizarres, tandis qu’à droite le jour, encore dans son plein, et le soleil mourant dorent la rive de leurs derniers rayons.

Jamais le manque presque absolu de crépuscule, auquel je devrais pourtant m’être habituée, ne m’a paru plus saisissant que ce soir-là. Dans les villes il est difficile de remarquer ce contraste, mais à la campagne, sur le Nil surtout, le spectacle devient d’une étrangeté frisant la féerie.