Il est commun, après deux ou trois heures de chasse, de rentrer avec 60 ou 80 pièces.
La plage, très belle, se montre unie, fine et sablonneuse ; on entre dans la mer comme sur un tapis de velours et on peut parcourir cent cinquante ou deux cents mètres, sans avoir de l’eau au-dessus des épaules. C’est un avantage très grand, qui ne permet pas l’approche des requins, dont malheureusement ces parages sont infestés, depuis l’ouverture du canal de Suez.
A Rass-el-Bahr, point d’établissement de bains, partant point de maîtres-baigneurs, encore moins de bateaux de sauvetage. Les flots bleus sont à tout le monde, chacun fait construire un abri au bord de l’eau, et on se baigne comme on veut.
Quelques familles riches, pour éviter les embarras du transport des meubles et ustensiles, préfèrent s’installer dans les dahabiehs louées au mois, qui les amènent directement du Caire, de Mansourah, de Benha ou de tout autre point. Ces dahabiehs, hors de prix en hiver grâce aux touristes qui les affrètent pour la Haute-Égypte, se louent pendant l’été moyennant une somme variant de 28 à 30 guinées par mois. Elles sont admirablement aménagées.
Des bateaux à vapeur, appartenant au gouvernement ou même à de simples particuliers, sillonnent journellement le fleuve, et viennent ajouter à l’animation générale.
Les monuments de Rass-el-Bahr sont vite vus. Ils se bornent à deux fortins avancés, au fort Napoléon et à la tour dite de Saint-Louis.
Le fort, bâti en briques, dresse sa courte masse sur la rive droite du fleuve, où il semble protéger les vieilles masures d’une isbeh, parmi lesquelles se trouve le poste sanitaire et la douane. Les murailles demeurent encore en bon état, mais les constructions intérieures tombent en ruines. On rencontre encore quelques magasins, la prison et une mosquée.
Ce fort a été construit par nos soldats et occupé par l’armée de Kléber. C’est à Rass-el-Bahr et sur le lac Menzaleh que cette armée s’embarqua pour la Syrie et Saint-Jean d’Acre. Le fort, aujourd’hui abandonné comme tous les monuments égyptiens non reconnus d’utilité immédiate, est livré à l’unique garde d’un Soudanais qui a laissé sa jambe droite à Dongola pendant la campagne de Gordon-Pacha. Il vit là, en compagnie de quatre chiens maigres et sauvages. Est-ce l’influence du milieu, ou la société de ces animaux ? Ce gardien ne ressemble point aux autres, il traîne maussadement son pilon de bois et paraît plus contrarié que satisfait de nous faire les honneurs de sa solitude. Impossible de lui arracher dix paroles.
Au milieu de la cour, la mosquée en piteux état exhibe un pauvre minaret crépi à la chaux ; l’herbe croît jusqu’au pied de la chaire, où personne ne prêchera plus.
A quelques pas de là, sous un vaste hangar, quelques canons délaissés et d’autres brisés achèvent de se détruire à l’humidité de l’air marin.