Quant à la poule, elle courait en caquetant dans toutes les directions à la fois. C'était un oiseau remarquable; elle semblait avoir la faculté d'escalader sans peine un mur à pic; et elle et le chat, à eux deux, arrivaient à jeter par terre tout ce qui ne s'y trouvait pas encore. En moins de quarante secondes il y eut dans cette salle neuf personnes contre un seul chien, et toutes occupées à lui administrer des coups de pied. Il est probable que de temps à autre l'un deux atteignait son but, car parfois le chien s'arrêtait d'aboyer pour hurler. Mais il ne se décourageait pas pour cela. Il pensait évidemment que tout ici-bas doit se payer, même une chasse au cochon et au poulet; et que, somme toute, cela en valait la peine.

Il avait en outre la satisfaction de voir que, pour chaque coup reçu par lui, la plupart des autres êtres vivants présents en encaissaient deux. Quant au malheureux cochon—celui qui restait sur place, assis et se lamentant au milieu de la pièce,—il dut en attraper quatre pour un. Atteindre le chien était aussi difficile que de jouer au football avec un ballon toujours absent. Cette bête ne se dérobait pas au moment où on décochait le coup; non,—elle attendait le moment où le pied, déjà trop lancé pour être retenu, n'avait plus que l'espoir de rencontrer un objet assez résistant pour arrêter sa course et éviter ainsi à son propriétaire une chute bruyante et complète. Quand on touchait le chien, c'était par pur hasard, au moment où l'on ne s'y attendait pas; et d'une manière générale cela vous prenait tellement au dépourvu qu'après l'avoir frappé on perdait l'équilibre et tombait par dessus lui. Et chacun, toutes les demi-minutes, était sûr de choir par la faute du cochon, du cochon assis, de celui qui se trouvait incapable de se mettre hors du chemin de tous ces agités.

On ne saurait dire combien ce charivari dura. Il se termina grâce au bon sens de George. Depuis quelque temps déjà, il s'efforçait d'attraper non pas le chien, mais le cochon, celui qui restait capable de se mouvoir. Le cernant enfin dans un coin, il lui persuada de cesser sa course folle tout autour de la pièce, et d'aller prendre ses ébats en plein air. Le cochon fila par la porte avec une longue plainte.

Nous désirons toujours ce que nous ne possédons pas. Un cochon, un poulet, neuf personnes et un chat semblaient bien peu de chose dans l'esprit du chien au prix de la proie qui s'enfuyait. Imprudemment il la poursuivit et George ferma la porte derrière lui et mit le verrou.

Alors l'hôte se leva et mesura l'étendue du désastre, comptant les objets qui jonchaient le sol.

—Vous avez un chien plein de malice, dit-il à l'homme qui était entré avec une brique.

—Ce n'est pas mon chien, répliqua l'homme d'un air sombre.

—Alors à qui appartient-il? dit l'hôte.

—Je n'en sais rien, répondit l'homme.

—Ça ne prend pas avec moi, savez-vous? dit l'hôte, ramassant une chromo qui représentait l'empereur d'Allemagne et essuyant avec sa manche la bière qui la souillait.