Et même, si l'on surmonte la difficulté, ils ne sont pas contents.
CHAPITRE TREIZIÈME
Une étude sur le caractère et la conduite de l'étudiant allemand. Le duel d'étudiants allemands. Usages et abus. Impressions. L'ironie de la chose. Moyen pour élever des sauvages. La Jungfrau: son goût particulier quant à la beauté du visage. La Kneipe. Comment on frotte une salamandre. Conseils à un étranger. Histoire qui aurait pu se terminer tristement de deux maris, de leurs femmes et d'un célibataire.
Sur le chemin du retour nous visitâmes une ville universitaire allemande, désirant avoir un aperçu de la vie de l'étudiant, curiosité que l'amabilité de quelques amis de là-bas nous permit de satisfaire.
Le jeune Anglais joue jusqu'à ce qu'il ait atteint quinze ans, puis travaille jusqu'à vingt ans. En Allemagne c'est l'enfant qui travaille et le jeune homme qui joue. Le garçonnet allemand va à l'école à sept heures du matin en été et à huit en hiver, et il travaille à l'école. Ce qui fait qu'à seize ans il a une connaissance sérieuse des classiques et des mathématiques, qu'il sait autant d'histoire que n'importe quel individu appelé à prendre place dans un parti politique est censé en savoir; à cela il joint une science approfondie d'une ou deux langues modernes. C'est pourquoi les huit semestres d'Université s'étendant sur une durée de quatre ans sont inutilement longs, sauf pour les jeunes gens qui visent un professorat. L'étudiant allemand n'est pas sportif, ce qui est à déplorer, car il aurait fait un bon sportsman. Un peu de football, un peu de bicyclette; de préférence, des carambolages en des cafés enfumés;—mais d'une manière générale tous ou presque tous perdent leur temps à vadrouiller, à boire de la bière et à se battre en duel.
S'il est fils de famille, il entre dans un Korps—la cotisation annuelle d'un Korps élégant est d'environ mille francs. S'il appartient à la classe moyenne, il s'enrôle dans une Burschenschaft ou une Landsmannschaft, ce qui coûte un peu moins cher. Ces groupes se subdivisent à leur tour en cercles dans lesquels on s'efforce d'assembler les jeunes gens des mêmes régions. Il y a le cercle des Souabes, originaires de Souabe; des Franconiens, qui descendent des Francs; des Thuringiens et ainsi de suite. Dans la pratique, naturellement, la répartition n'est qu'approximative (selon mes calculs, la moitié de nos régiments écossais sont formés de Londoniens); mais cette division de chaque Université en une douzaine de compagnies d'étudiants ne laisse pas d'atteindre à un effet pittoresque. Chaque société a ses couleurs distinctives et possède sa brasserie particulière fermée aux étudiants dont la casquette arbore d'autres couleurs. Son objectif principal est d'organiser des rencontres soit dans son propre sein, soit entre ses membres et ceux de quelque Korps ou Schaft rival, en un mot d'organiser la célèbre Mensur allemande.
La Mensur a été décrite si souvent et si complètement que je ne veux pas fatiguer mes lecteurs de détails oiseux sur ce sujet. Je ne veux que donner mes impressions et principalement celles de ma première Mensur,—parce que je crois que les premières impressions sont plus authentiques que les opinions émoussées par l'échange des idées.
Un Français ou un Espagnol cherchera à vous faire croire que les courses de taureaux sont une institution créée principalement dans l'intérêt des taureaux: le cheval que vous imaginez hurlant de souffrance, ne ferait que rire au spectacle comique de ses propres entrailles. Votre ami français ou espagnol ne voudrait pas comparer sa mort glorieuse et excitante à la froide brutalité des luttes foraines. Si vous ne restez pas entièrement maître de vous, vous le quittez avec le désir de créer en Angleterre un mouvement en faveur de l'institution des courses de taureaux comme école de chevalerie. Sans doute Torquemada était-il convaincu de l'humanité de l'Inquisition. Une heure passée sur le chevalet devait procurer le plus grand bien-être à un gros gentleman souffrant de crampes ou de rhumatismes. Il se relevait avec plus de jeu, plus d'élasticité dans les articulations. Les chasseurs anglais considèrent le renard comme un animal dont le sort est enviable. On lui procure à bon marché un jour de bon sport, pendant lequel il est le centre de l'attraction.
L'habitude vous rend indifférents aux pires usages. Le tiers des Allemands que vous croisez dans la rue portent et porteront jusque dans la mort les traces des vingt à cent duels qu'ils ont eus au cours de leur vie d'étudiants. L'enfant allemand joue à la Mensur dans la nursery et continue au lycée. Les Allemands sont arrivés à croire que ce jeu n'est ni brutal, ni choquant, ni dégradant. Ils allèguent qu'il est l'école du sang-froid et du courage pour la jeunesse allemande. Mais l'étudiant allemand aurait besoin de bien plus de courage pour ne pas se battre. Il ne se bat pas pour son plaisir, mais pour satisfaire à un préjugé qui retarde de deux cents ans.