—Il y a huit jours, c'était un beau petit garçon dont les cheveux bouclaient naturellement, expliqua la dame (et le ton de sa voix allait s'élevant, signe précurseur d'un orage).
—Qu'est-ce qui lui est arrivé? demanda notre directeur.
—Voilà ce qu'il lui est arrivé, proféra la dame. (Elle tira de son manchon le numéro contenant mon article sur l'hydrogène, marqué au crayon rouge, et le lui jeta au nez. Notre directeur le prit et le parcourut.)
—C'était donc lui, «Ballonist»? questionna-t-il.
—C'était lui, «Ballonist», acquiesça la dame, le pauvre innocent, et regardez-le maintenant!
—Ils repousseront peut-être, suggéra notre directeur.
—Ils repousseront peut-être, repartit la dame (sa voix continuant à s'élever), mais peut-être qu'ils ne repousseront pas. Ce que je voudrais savoir, c'est ce que vous comptez faire pour lui.
Notre directeur proposa une lotion capillaire. J'eus peur à ce moment qu'elle ne lui sautât au visage; mais elle se résigna à se répandre en paroles. Il parut qu'elle ne s'attendait pas à ce qu'on proposât une lotion, mais une indemnité. Elle fit aussi quelques observations sur le caractère de notre journal en général, son utilité, ses prétentions à élever l'esprit du public, et sur la science et l'intelligence de ses collaborateurs.
—Je ne vois vraiment pas en quoi nous sommes fautifs, plaida notre directeur (c'était un homme aux manières timides); il nous avait demandé des renseignements et il les a eus.
—N'essayez pas d'être spirituel, vous, répliqua la dame (il n'avait eu nullement l'intention de faire de l'esprit, sûrement pas; il ne prenait pas les choses à la légère, ce n'était pas là son défaut), ou bien vous recevrez quelque chose que vous n'avez pas demandé. Mais qu'est-ce qui me retient, s'écria la dame si subitement que nous nous retirâmes en toute hâte comme des poules effarées derrière nos chaises respectives, attendez un peu que je rende vos têtes pareilles!