II
LA PATRIE REGRETTÉE[23]

Quiconque en un pays inconnu a longtemps fatigué ses loisirs, ou erré par une terre étrangère en s’y cherchant une maison,

si l’amour tendre, si le souvenir de ceux qui l’ont nourri, n’ont pu le rappeler, ni quelque autre raison plus tendre, — supposé qu’elle soit possible ;

il est de fer, et il méritait bien d’avoir, au sortir du ventre de sa mère, des tigresses d’Hyrcanie pour lui donner du lait.

Mais moi, mon cœur n’est pas de pierre ; il n’est pas dur comme le fer insensible ; je n’eus ni une tigresse ni une ourse pour me nourrir ;

pourrais-je donc, tendre patrie, être insensible à l’amour qui m’émeut, et pendant tant de mois rester loin des miens, exilé, volontairement ?

Qu’est-ce en effet que l’exil ? — O ciel que l’on connaît, patrie, foyer familial, c’est de ne vous avoir plus.

Par trois fois déjà le soleil dévorant a fait sa révolution annuelle, depuis que, malgré moi, je me suis engagé sur de si longs chemins.

Sous des toits inconnus, loin de chez moi, voyageur qui passe, je vis, et mon Lyré n’est plus à peine en moi qu’un souvenir.

J’ai appris d’autres usages et d’autres coutumes, et je parle une langue nouvelle qui sonne étrangement.