Oui, m’objectera-t-on, mais y a-t-il rien de plus superbe que la Cour de Rome ? Et y a-t-il dans l’univers entier un endroit plus beau ?

Certes, Rome est la patrie universelle, et celui qui demeure au milieu de l’antique Rome peut se vanter de vivre sur un sol qui est sien.

Oui, sans doute, à Rome, (et le premier étranger venu n’a peut-être pas cet avantage), la vie a des douceurs pour moi :

j’y ai un oncle, qui occupe une place importante au Sacré-Collège et qui occupe aussi une place importante au chœur d’Aonie ;

avec bienveillance, il encourage mes Muses, il les soutient, et il écarte la pauvreté de mon foyer.

Mais qu’importe ? Chaque fois qu’il me souvient que j’ai abandonné mes études anciennes, mes anciens compagnons, et cette maison si chère

où j’avais appris à mépriser les trésors de la Perse, sources de tracas, et à me contenter de vivre de peu,

chaque fois, c’est l’image de la patrie qui se dresse devant mes yeux, et chaque fois, dans ma peine, j’éprouve une torture toujours renouvelée.

Même quand je ne manque de rien, je peux dire que tout me manque, parce que j’ai le malheur de n’être pas dans un univers que je connaisse pour y prendre mon plaisir,

parce que je ne vois ni les rives de la Loire, ni les vallons, ni les forêts chevelues, ni les grasses moissons du pays angevin,