Aventurier du mystère, il aima risquer sa santé et sa raison en des conflits avec l'inconnu. Les larves hantaient sa maison et Paul Adam, Laurent Tailhade et le délicat poète Édouard Dubus assistèrent, chez lui, à d'étranges séances.

A ce redoutable voisinage, le cerveau de Dubus ne résista pas: il devint dément. Guaita ne survécut guère non plus à ces apparitions insolites. Lorsque nous le vîmes, il était déjà malade. Il allait se retirer en son château d'Alteville, en Lorraine, où il devait mourir peu après.

L'abbé Boullan, qui se donnait comme un haut initié des sciences divines et du plus pur occultisme, devait fatalement rencontrer de Guaita et ses amis. Ce fut, croyons-nous, par l'intermédiaire du marquis d'Alveydre qu'ils firent connaissance vers 1885. Ils furent d'abord très liés. Comment se brouillèrent-ils? Nous l'ignorons[7]. Toujours est—il que Boullan accusait ces derniers de le vouloir tuer par des moyens occultes tels que l'envoûtement.

Note 7: [(retour) ]

Nous possédons, provenant de la Bibliothèque de l'abbé Boullan, la première édition de l'ouvrage de St. de Guaita: Au Seuil du Mystère, avec la dédicace:

«Au docteur Jean-Baptiste Boullan,

Hommage de respectueuse et fraternelle affection en Jeschou.

Stanislas de Guaita.»

Les Occultistes de Paris, Guaita particulièrement, écrivait-il à Huysmans, sont venus ici m'arracher les secrets de la puissance. Guaita, même, s'agenouilla devant Mme Thibault et la conjura de lui donner sa bénédiction: «Je ne suis qu'un enfant qui apprend» disait-il.

Pendant plus de quinze jours nous lui fûmes une famille. A peine était-il parti, emportant le manuscrit du Sacrifice de Gloire, le livre magique par excellence, qu'une nuit je me réveillai frappé au coeur. Mme Thibault, chez qui je courus, me dit: «C'est Guaita». Je m'affaissai en criant: «Je suis mort». Après quelque secours, je pus me redresser et me fis porter à l'autel qui est toute ma force; je dis le Sacrifice de Gloire qui rompt la complicité des méchants; je pris les saintes espèces, et, ranimé, je me recouchai et dormis. Guaita lui-même, pratiquant la reconnaissance à rebours, me fit savoir qu'il avait voulu exercer contre moi la puissance que je lui avais octroyée...

Il eut une fois la jambe traversée jusqu'à l'os par des effluves fluidiques. Une autre fois, l'autel manqua être renversé, il était devenu le point de contact, le lieu d'explosion des deux fluides antagonistes, celui de Boullan et celui des envoûteurs.

Huysmans racontait lui-même, qu'après la publication de Là-Bas, il n'avait pas échappé aux attaques des occultistes de la Rose-Croix. Plusieurs fois, disait-il, il aurait été en danger de mort, sans l'intervention de l'abbé Boullan. Un jour (il était alors chef de division au Ministère de l'intérieur), il reçut de Lyon une lettre l'informant de n'aller à son bureau sous aucun prétexte. Il suivit ce conseil, et bien lui en prit. Le jour même, une lourde glace surmontant le bureau qu'il occupait au Ministère, s'abattit sans qu'on sût pourquoi ni comment, fracassant tout et criblant le cabinet d'éclats de verre.

Il eût évidemment été tué.

De cela, Huysmans accusait nettement le marquis de Guaita.