Fondée en la fin du quatorzième siècle, par Chrétien Rosencreuz, la société des Rose-Croix, qui fit surtout parler d'elle au début du dix-septième siècle, en France et en Allemagne, était une confrérie alchimique, médicale, kabbalistique et gnostique.
Les Frères de la Société étaient doués de pouvoirs étendus, et leur grand secret portait principalement sur les quatre points suivants: transmutation des métaux; art de prolonger la vie; connaissance de ce qui se passe dans les lieux éloignés; application de la kabbale et de la science des nombres à la découverte des choses les plus cachées.
Dans le courant du dix-neuvième siècle la société semblait devoir s'éteindre, lorsque vers 1888, elle fut rénovée sous le nom d'Ordre kabbalistique de la Rose-Croix par des héritiers directs de ses traditions.
En apparence (et extra) disait la Constitution Secrète de l'Ordre, la Rose-Croix rénovée est une société patente et dogmatique pour la diffusion de l'occultisme.
En réalité (et intus) c'est une société secrète d'action pour l'exhaussement individuel et réciproque; la défense des membres qui la composent; la multiplication de leurs forces vives par réversibilité; la Ruine des Adeptes de la Magie Noire, et enfin la lutte pour révéler à la théologie chrétienne les magnificences ésotériques dont elle est grosse à son insu.
La Rose-Croix était dirigée par un Suprême Conseil dont faisaient partie des littérateurs et des occultistes connus: le Sar Péladan, Stanislas de Guaita, Papus, Paul Adam, Barlet, l'abbé Alta, Polti, Albert Jounet.
Stanislas de Guaita était leur chef.
Poète, il avait débuté dans les lettres par des vers adressés du lycée de Nancy à quelques jeunes revues littéraires de Paris. Maurice Barrès, qui fut son ami intime, nous a raconté jadis leurs longues années passées ensemble à lire les parnassiens et à rêver.
Il tomba sur les livres d'Éliphas Lévy que lui indiqua, dit-on, Catulle Mendès. Ils furent pour lui une révélation.
Désormais, il abandonna les cénacles des poètes pour s'enfermer dans ce petit rez-de-chaussée de l'avenue Trudaine, à Paris, où il vivait entouré de vieux grimoires et de livres de prix, manuscrits de Kabbale et de Magie, dormant le jour, travaillant la nuit, s'aidant de morphine, de caféine et de haschich, tout entier à écrire ses Essais de Sciences Maudites.