Ceux qui ont connu ce petit vieillard allègre, aux yeux de flamme, avec un front d'inspiré et une mâchoire puissante, entendent encore sa parole sybilline et voient encore son regard de feu, qui semblait fouiller dans les cerveaux.

Il vivait très retiré à Lyon, rue de la Martinière, chez un architecte, M. Misme, excellent vieillard préoccupé de retrouver l'élixir de Paracelse. Il avait avec lui deux voyantes: Mme Laure et Mme Thibaut.

Mme Thibaut, paysanne au regard d'aigle, au verbe villageois, et qui, depuis des années, ne mangeait que du pain trempé dans du lait, avait fait à pied les pèlerinages les plus lointains, et n'avait qu'à soulever les prunelles au-dessus de ses lunettes pour apercevoir les légions de l'invisible. Huysmans a tracé d'elle un exact portrait dans la Cathédrale, sous le nom de Mme Bavoil.

C'est à Lyon, dans l'été de 1891, que Huysmans vint voir l'abbé Boullan. Il visita le modeste sanctuaire où celui-ci combattait, à l'aide des sacrifices établis par Élie Vintras, ses ennemis de Paris, de Bruges et de Rome.

Revêtu de la grande robe rouge Vintrasienne que serrait à la taille une cordelière bleue, tête nue et pieds nus, il prononçait le «Sacrifice de gloire de Melchissédech» qui devait confondre ses ennemis. Huysmans qui assista à plusieurs de ces combats, déclara en avoir emporté le souvenir le plus tragique.

Les envoûteurs se vengeaient de Boullan en ne le laissant jamais tranquille. Il désignait entre autres, parmi ses ennemis acharnés, les occultistes parisiens: le marquis Stanislas de Guaita, Oswald Wirth et le Sar Péladan, fondateurs de l'Ordre kabbalistique de la Rose-Croix.

ous croyons, pour l'intelligence de ce qui va suivre, qu'il ne sera pas complètement inutile de nous arrêter quelques instants sur la mystérieuse fraternité des Rose-Croix kabbalistes et la personnalité de ses étranges fondateurs.