«On ne «calomnie» pas, Monsieur de Guaita, quand on défend un mort et quand on protège une idée! Vous, vous jugez, vous condamnez, vous exécutez votre sentence. Votre tribunal, s'il n'est pas horrible, n'est qu'une triste bouffonnerie, et puisque vous vous déclarez mage, je vous citerai l'exemple de vos maîtres, de nos maîtres, de Jésus, de Boudha, de Pythagore, de Platon, de Socrate, qui ne surent que mourir et pardonner.

«Et maintenant, paix à Boullan, qu'il repose désormais tranquille; sa querelle renaît entre les vivants, et M. Stanislas de Guaita sait bien que nous ne sommes pas des hommes politiques, que contre lui nous ne commencerons pas une guerre mesquine de petits papiers...»

Le duel avec Huysmans n'eut pas lieu; tout se borna à un échange de témoins, Huysmans ayant déclaré «qu'il n'avait jamais songé à discuter le caractère de parfait galant homme de M. de Guaita» (Procès-verbal du 14 janvier 1893). Quant à Jules Bois, il tint parole. Les deux adversaires descendirent sur le pré, à la Tour de Villebon, où ils échangèrent deux balles sans résultat[10].

Note 10: [(retour) ]

M. Paul Foucher, neveu de Victor Hugo, qui fut un des témoins de Jules Bois dans son duel avec Stanislas de Guaita, a raconté, dans une de ses chroniques du Sud-Ouest Toulouse, les incidents singuliers qui accompagnèrent cette rencontre. Au moment de partir pour la Tour de Villebon, Jules Bois dit à Paul Foucher: «Vous verrez qu'il arrivera quelque chose de singulier. Des deux côtés, nos partisans prient pour nous et s'adonnent à des conjurations!»

Un événement étrange, raconte le chroniqueur, se produisit en effet sur la route de Versailles. L'un des chevaux du landau s'arrêta subitement et se mit à trembler, flageolant sur ses jambes comme s'il avait aperçu le démon en personne. Il fallut changer de cheval. Cette fois le second cheval s'abattit. Ils durent changer de voiture. Le cheval qui conduisait cette seconde voiture s'abattit comme les deux premiers; le véhicule fut renversé et Jules Bois arriva sur le terrain tout meurtri et tout sanglant. Le diable, disait M. Paul Foucher, paraissait réellement s'en être mêlé!

ous avons vu que l'abbé Boullan ne méritait pas cette réputation de saint qui lui avait été faite. Nous savons aussi qu'il se livrait, à sa manière, aux pratiques sataniques; et Huysmans put s'en convaincre dans la suite, lorsqu'après la mort de Boullan, il prit connaissance des papiers laissés par ce dernier. De notre côté, les documents que nous avons eu entre les mains, et les faits que nous connaissons, ne nous ont laissé aucun doute à cet égard.

Aussi put-il documenter Huysmans d'une façon presque complète sur les rites secrets du Satanisme, mais en renversant parfois les rôles, et en mettant sur le compte du chanoine Docre ou des occultistes de la Rose-Croix kabbalistique, ses propres pratiques démoniaques.

C'est ainsi qu'il mit sur le compte du chanoine Docre l'action de nourrir, avec des hosties consacrées, des souris blanches dont le sang devait plus tard servir aux envoûtements de haine, alors que c'est lui-même, Boullan, qui pratiquait ce sortilège impie.