rêtre du diocèse de Versailles, docteur en théologie, ancien supérieur d'une communauté de Strasbourg, auteur de plusieurs ouvrages canoniques, traducteur de la Vie de la Sainte Vierge de la célèbre visionnaire Catherine Emmerich, fondateur du Rosier de Marie—dont fut accusé, un jour, M. Naquet d'avoir été l'assidu collaborateur—l'abbé Boullan était un cerveau inquiet et assoiffé d'absolu. Jeune encore, il avait eut, en 1856, à s'occuper d'une religieuse de Saint-Thomas de Villeneuve, à Soissons, la soeur Adèle Chevalier. Cette religieuse racontait qu'abandonnée par tous les médecins, elle avait été guérie miraculeusement d'une cécité et d'une congestion pulmonaire, par l'intercession de Notre-Dame de la Salette. C'était au mois de janvier 1854 que le miracle s'était produit: elle était alors soeur postulante chez les religieuses de Saint-Thomas de Villeneuve.

La nouvelle s'en était rapidement répandue dans tout le diocèse et l'évêque de Soissons avait délégué son vicaire général pour procéder à une enquête. Les conclusions du rapport rédigé par cet ecclésiastique étaient nettes et précises: «Après avoir mûrement réfléchi sur les circonstances dans lesquelles Adèle Chevalier a obtenu le recouvrement de la vue et la guérison pulmonaire qui s'était présentée avec des caractères de gravité si alarmants, je n'hésite pas à croire à une intervention surnaturelle de la mère de Dieu.»

A partir de cette époque, la soeur Chevalier affirma qu'elle ne cessait d'être inspirée de la grâce divine, qu'elle était en communication avec la Vierge, dont elle recevait fréquemment des révélations par une voix mystérieuse.

En 1856, la supérieure de la Communauté des dames de Saint-Thomas l'envoya à Notre-Dame de la Salette, où l'appelaient, disait-elle, des voix surnaturelles.

Les Pères de la Salette examinèrent son état et en furent si frappés qu'ils demandèrent à l'évêque de Grenoble l'autorisation de la confier à la direction de l'abbé Boullan dont la science théologique et mystique leur était, disaient-ils, bien connue.

L'abbé Boullan eut foi, dès les premiers jours, dans l'état surnaturel de sa pénitente. Il conclut au miracle, et il fut décidé, qu'il se rendrait à Rome pour présenter ledit miracle à l'examen du Pape et du Sacré Collège.

Mais cette mission ne fut pas la seule qu'il alla accomplir à Rome.

Vers la même époque, il avait eu à s'occuper de la direction d'une demoiselle Marie Roche, qui lui avait été confiée par l'évêque de Rodez: elle aussi prétendait avoir une mission divine et recevoir du ciel des inspirations prophétiques. Des événements de la plus haute gravité lui avaient été annoncés qui devaient frapper d'étonnement toute l'Europe. Une partie de ces prophéties s'appliquait au Pape qui devait mourir de mort violente; une autre à l'empereur des Français qui, s'il n'accomplissait pas les ordres que Marie Roche était chargée de lui révéler, devait périr de la main de ses officiers, pour faire place à Henri V. Cette Marie Roche fut conduite à Rome par l'abbé Boullan, présentée au Sacré Collège, admise même à expliquer sa mission devant le Pape.

De retour de Rome, après deux années, l'abbé Boullan retrouva Adèle Chevalier et reprit sa direction. Prétendant avoir reçu de la Vierge une révélation dans laquelle elle lui ordonnait de fonder une oeuvre religieuse qui s'appellerait: Oeuvre de la réparation des âmes, et en avoir écrit les règles sous une dictée divine, la soeur Chevalier s'occupait d'organiser cette oeuvre.