Cependant mes enfants ne quittèrent pas volontiers ce banc de sable, où ils avaient cru reconnaître des lions marins. Il nous avait semblé d'abord apercevoir dans le lointain, et à la surface des flots, comme un monceau de pierres blanches en désordre; mais bientôt la masse se divisa en deux: des cris et des hurlements confus me donnèrent la certitude que c'étaient des êtres vivants. Nous vîmes deux troupes de monstres marins qui ne paraissaient pas en fort bonne intelligence; car ils manœuvraient de front, se provoquaient entre eux et s'entrechoquaient mutuellement. Leur armée me parut respectable, et je n'ai pas besoin de dire que nous fîmes voile rapidement pour ne pas laisser à ces dangereux voisins le temps de nous apercevoir. Nous arrivâmes à l'îlot en moitié moins de temps que nous n'en avions mis pour y aller.
En touchant à terre, mon premier soin fut de planter les arbustes que nous avions rapportés. Mes enfants, sur l'assistance desquels j'avais compté, me laissèrent pour courir après les coquillages. La bonne mère seule resta pour m'aider.
Nous avions à peine commencé, que nous vîmes Jack accourir vers nous tout essoufflé.
«Papa! maman! s'écria-t-il, venez, venez, un monstre, sans doute un mammouth! il est sur le sable!»
Je ne pus m'empêcher de rire, et je lui répondis que son mammouth devait être simplement le squelette de la baleine.
«Non! non! répliqua l'entêté, ce ne sont certes pas des arêtes de poisson, mais ce sont bien des os. Puis la mer a déjà emporté la carcasse de la baleine, tandis que mon mammouth est bien plus avancé dans les sables.»
Tandis que Jack essayait de me déterminer à le suivre en me tirant par la main, j'entendis soudain crier: «Accourez! accourez par ici! il y a une tortue.»
Je courus, et je vis Fritz à quelque distance qui agitait un de ses bras autour de sa tête, comme pour hâter mon arrivée.
Je fus en quelques instants au pied de la colline. Je trouvai, en effet, mon fils aux prises avec une énorme tortue qu'il retenait par un pied de derrière, et qui, malgré tous ses efforts, n'était plus qu'à dix ou douze pas de la mer. J'arrivai encore à temps; je donnai à Fritz l'un des avirons, et, le passant sous l'animal comme un levier, nous parvînmes à le renverser sur le dos dans le sable, où son poids creusa une sorte de fosse qui nous assura ainsi sa possession. Cette bête était d'une grandeur prodigieuse, et devait peser au moins huit cents livres; elle n'avait pas moins de huit pieds à huit pieds et demi de long. Nous la laissâmes là; car nos forces réunies n'auraient pu la remuer.
Cependant Jack me pressait tellement d'aller voir son mammouth, que je résolus de le suivre, au grand étonnement de tous mes enfants.