Arrivé près du prétendu monstre, je n'eus pas de peine à faire voir au pauvre garçon que son mammouth était exactement la même chose que notre baleine. Je lui montrai la trace de nos pas sur le sable, et quelques morceaux de fanon que nous avions négligé d'emporter.

«Mais, lui dis-je, qui donc t'a mis dans la tête l'idée de mammouth?

—Ah! répondit l'enfant confus, c'est M. le professeur Ernest qui me l'a soufflé et qui m'a attrapé.

—Ainsi, sans réflexion, tu crois tout ce qu'on te dit: tu ne songes pas même à t'enquérir si l'on se moque de toi! Si tu eusses réfléchi, n'aurais-tu pas bien vite compris qu'il n'était guère possible qu'en moins d'un jour la mer emportât le squelette de la baleine pour mettre celui d'un mammouth justement à la même place?

JACK. C'est vrai, je n'y ai pas encore pensé.

MOI. Alors, pour ta pénitence, tu vas me dire ce que tu sais maintenant du mammouth.

JACK. C'est, je crois, une espèce d'animal monstrueux, dont les premiers ont été découverts en Sibérie.

MOI. Bien, mon fils, je ne te croyais pas si savant. Ernest t'a bien fait ta leçon.»

J'ajoutai quelques mots sur l'existence encore problématique de cet animal, et qui, selon toutes les apparences, n'est qu'une variété perdue de l'espèce des éléphants.

Comme nous étions arrivés au soir, nous enveloppâmes de feuilles fraîches les racines des cocotiers et des pins qui nous restaient, renvoyant aux jours suivants la fin de cette opération importante.