Je fus obligé de l'arrêter, de peur qu'il ne se fît du mal.
«Je veux apporter à ma mère des cannes à sucre,» criait-il; et, malgré le conseil que je lui donnai de ne pas se charger d'un fardeau trop lourd, il coupa une douzaine des plus grosses cannes, les réunit en faisceau avec des feuilles, et les plaça sous son bras.
Cependant nous ne tardâmes pas à atteindre le bois que nous avions aperçu, et qui était composé en partie de palmiers. Nous étions à peine assis pour achever notre dîner, qu'une troupe de singes, effrayés par notre arrivée et par les aboiements de Turc, s'élancèrent en un moment à la cime des arbres, d'où ils nous firent les plus affreuses grimaces. Je remarquai alors que la plupart de ces palmiers portaient des noix de coco, et j'eus l'idée de forcer les singes à nous cueillir ce fruit: je me levai, et j'arrivai à temps pour empêcher Fritz de tirer un coup de fusil.
«À quoi bon, lui dis-je: imite-moi plutôt, et prends garde à ta tête, car ces animaux vont nous inonder de noix. Je pris alors une pierre, et je la jetai vers les singes. Quoiqu'elle atteignît à peine la moitié du palmier, elle suffît pour mettre en colère les malignes bêtes; et elles firent pleuvoir alors sur nous une telle quantité de noix, que nous ne savions où nous mettre pour les éviter, et que la terre en fut bientôt toute couverte. Fritz riait de bon cœur de ma ruse, et, quand la pluie de noix eut un peu cessé, il se mit à les ramasser. Nous cherchâmes ensuite un petit endroit ombragé, où nous nous assîmes; puis nous procédâmes à notre repas en mêlant de la crème de coco au jus de nos cannes, ce qui nous procura un manger délicieux. Nous abandonnâmes à Turc les restes de notre homard, ce qui ne l'empêcha pas de manger des amandes de coco et des cannes qu'il broyait entre ses dents. Quand nous eûmes fini, je liai ensemble quelques noix qui avaient conservé leur queue; Fritz ramassa son paquet de cannes, et nous reprîmes notre chemin.
[CHAPITRE IV]
[Retour.—Capture d'un singe.—Alarme nocturne.—Les chacals.]
Fritz ne tarda pas à trouver le fardeau pesant; il le changeait à chaque instant d'épaule, puis le mettait sous son bras, puis s'arrêtait et commençait à se lamenter.
«Je n'aurais pas cru que ces cannes à sucre fussent si pesantes, dit-il.
—Patience et courage; ton fardeau sera celui d'Ésope, qui s'allège en avançant. Donne-moi une de ces cannes, et prends-en une pour toi. Quand notre bâton de pèlerin et notre ruche à miel seront usés, nous en reprendrons d'autres, et tu seras soulagé d'autant. Il fit ce que je disais; je plaçai le reste en croix sur son fusil, et nous continuâmes à marcher.