On se passa donc de ma coopération active, quoique les travailleurs reçussent avec reconnaissance mes avis et mes exhortations.

Il se passa encore un jour avant que le serpent fût empaillé, et je finis par y mettre assez volontiers la main, afin d'en faire un monument qui pût nous procurer autant d'honneur qu'il nous avait coûté de peines.

Afin de m'assurer que ce monstre était le seul de son espèce dans le voisinage, je résolus d'entreprendre deux excursions, l'une du côté de l'étang aux Oies, l'autre sur le chemin de Falken-Horst, d'où nous était arrivé ce redoutable ennemi.

Jack et Ernest ayant témoigné de la répugnance à m'accompagner, je ne crus pas devoir tolérer cet exemple, qui me semblait dangereux pour l'avenir. «Mes enfants, leur dis-je, la constance et la fermeté ne sont pas des qualités moins nécessaires que le courage aveugle du moment, qui souvent n'est que l'effet du désespoir. Si le boa eût laissé de ses petits dans l'étang, ils pourraient un jour tomber sur notre demeure comme celui d'hier, et nous faire repentir de notre lâcheté.»

Après de longues et minutieuses recherches dans les roseaux de l'étang, nous eûmes la joie de nous assurer qu'il n'existait aucune trace ni d'œufs, ni de petits; la place même occupée par le redoutable hôte de l'étang n'était reconnaissante qu'aux herbes foulées, qui conservaient la forme d'une espèce de nid.

Au moment où nous allions reprendre le chemin de l'habitation, nous découvrîmes l'entrée d'une grotte qui s'avançait d'une vingtaine de pas dans le flanc du rocher, et qui donnait passage à un ruisseau clair et limpide.

La voûte de la grotte était tapissée de stalactites des formes les plus riches et les plus variées. Le sol était recouvert d'une couche de sable fin et blanc comme la neige, que je reconnus, à ma grande satisfaction, pour d'excellente terre à foulon. Nous nous hâtâmes d'en prendre un échantillon, et je m'écriai: «Voici une bonne nouvelle pour votre mère, qui ne se plaindra plus de la saleté de vos vêtements; car nous lui rapportons du savon pour les laver. Et me voilà délivré pour longtemps de l'interminable travail du four à chaux.

FRITZ. Est-ce qu'on emploie la chaux dans la préparation du savon?

MOI. Les cendres lavées qui entrent dans la composition du savon ont besoin de recevoir un mélange d'eau et de chaux. C'est ce mélange qui forme le savon ordinaire, après avoir été augmenté d'une certaine dose d'huile ou de saindoux; mais, pour obtenir le savon à meilleur compte, on a imaginé de se servir d'une terre savonneuse appelée terre à foulon, parce que son emploi est d'un très-grand avantage dans le foulage des laines.»

Dans ce moment Fritz vint nous avertir que la grotte paraissait aller en s'élargissant et se terminait par une profonde excavation.