MOI. Je vous laisse toute liberté à cet égard; mais levez-les avec le plus grand soin; car, lorsque la couveuse remarque le moindre désordre dans son nid, elle brise tout ce qu'il contient, ce qui ne ferait pas notre affaire.»

Ils ne se le firent pas répéter deux fois; mais bientôt je les vis dans un grand embarras pour venir à bout de leur fardeau. Sentant que mes conseils leur étaient nécessaires, je leur fis couper quelques tiges de bruyère, en les engageant à suspendre un œuf à chaque extrémité, de la même manière que les laitières hollandaises portent leurs pots de lait. En quittant le nid, nous avions pris la précaution d'en marquer la place avec une espèce de croix en bois, afin de ne pas nous tromper le lendemain.

Pour regagner notre halte du matin, nous nous rapprochâmes des rochers, et je résolus d'aller retrouver au plus vite la caverne du Chacal, afin d'y passer le reste du jour.

Les enfants reçurent l'injonction d'exposer les œufs au soleil, afin qu'ils conservassent leur chaleur naturelle; mais je n'étais pas peu embarrassé de savoir comment nous parviendrions à les garantir de la fraîcheur du soir.

Nous ne tardâmes pas à atteindre la rive du petit étang où les chiens s'étaient désaltérés le matin; cet étang paraissait alimenté par quelque source souterraine, et donnait naissance à un petit ruisseau. Tout le voisinage était couvert de traces récentes d'antilopes, de buffles et d'onagres; mais nous n'y reconnûmes aucun vestige de serpent, ce qui était plus important pour nous.

Nous profitâmes de la fraîcheur du ruisseau pour prendre quelque nourriture et remplir nos gourdes vides. Pendant ce temps, le chacal avait tiré sur le sable une masse ronde et noirâtre, qu'il s'apprêtait à attaquer avec ses dents, lorsque son maître la lui arracha pour me la faire examiner. Je m'emparai de l'objet, et, après l'avoir débarrassé du limon qui l'environnait, je reconnus avec étonnement que j'avais entre les mains une créature vivante: c'était une tortue de terre de la plus petite espèce, grosse comme une pomme ordinaire.

FRITZ. «Comment cet animal peut-il se trouver à une si grande distance de la mer? Le fait me paraît incroyable.

MOI. Par une raison toute simple: c'est que l'animal que tu vois est une tortue de terre, de celles qui se tiennent dans les étangs et dans les eaux dormantes. Elles vivent parfaitement dans les jardins, où elles se nourrissent de salades et d'autres herbes tendres.

JACK. Il faut en apporter quelques-unes à maman pour son jardin, et en chercher une pour notre cabinet d'histoire naturelle.»

Et, se mettant aussitôt à l'ouvrage, ils eurent bientôt rassemblé une demi-douzaine de tortues, que je plaçai dans ma gibecière.