Nous continuâmes à nous entretenir des mœurs de ces animaux, et j'ajoutai qu'il était difficile d'expliquer leur présence primitive dans ce lieu, à moins de les y supposer transportées par la voie des airs.

ERNEST et JACK. «Il faudrait être bien crédule pour le penser.

MOI. Souvent l'invraisemblable est bien voisin de la vérité, mes chers enfants. Ne pouvez-vous pas supposer, par exemple, la première tortue transportée en ce lieu dans les serres d'un oiseau de proie, sauvée par hasard de sa rapacité, et devenue le germe d'une nombreuse postérité? L'homme serait bien embarrassé d'expliquer la présence des animaux dans la plupart des endroits où on les rencontre de nos jours; car il est impossible de supposer que chaque espèce ait été créée au lieu même qu'elle occupe actuellement.»


[CHAPITRE XI]

[La prairie.—Terreur d'Ernest.—Combat contre les ours.—La terre de porcelaine.—Le condor et l'urubu.]

Toute la troupe fut bientôt sur pied pour reprendre sa route interrompue. Nous marchions maintenant au milieu d'une fertile vallée couverte d'un riant gazon et entrecoupée de bosquets délicieux. Cette contrée faisait un agréable contraste avec le désert que nous venions de parcourir. La vallée se prolongeait pendant une longueur d'environ deux lieues, en côtoyant la chaîne de montagnes qui faisait la frontière de notre domaine. Sa largeur était d'une demi-lieue, et elle était arrosée, dans toute son étendue, par le ruisseau dont nous venions de visiter la source, mais dont le cours, grossi par de nouvelles eaux souterraines, donnait la vie et la fécondité à cette délicieuse contrée.

Çà et là, dans l'éloignement, nous apercevions des troupeaux de buffles et d'antilopes qui paissaient tranquillement; mais à la vue de nos chiens, qui nous précédaient toujours de quelques centaines de pas, ils partaient comme l'éclair et ne tardaient pas à se perdre dans les profondeurs de la montagne.

La vallée, qui se dirigeait insensiblement vers la gauche, ne tarda pas à nous amener en face d'un coteau, que nous reconnûmes avec chagrin pour celui qui nous avait servi de lieu de repos dans la matinée. Voyant avec regret que cette longue marche ne nous avait pas offert une seule pièce de gibier à portée de fusil, je résolus de faire tous mes efforts pour ne pas rentrer sans quelque capture. En conséquence de cette détermination, nous prîmes chacun un des chiens en laisse, afin qu'ils ne missent pas plus longtemps obstacle à nos projets.

Nous avions encore une demi-heure de marche jusqu'à la grotte du Chacal, dont la voûte devait nous servir de gîte pour le reste du jour. J'avais fait une halte de quelques instants, afin de soulager Fritz, et Jack de leur fardeau, tandis qu'Ernest continuait sa route pour jouir plus tôt des douceurs de la grotte. Tout à coup nous entendîmes de son côté un cri d'alarme suivi d'aboiements furieux et d'un long hurlement que l'écho semblait répéter. À l'instant tout fut abandonné pour voler au secours du pauvre Ernest.