Au moment même nous le vîmes accourir sans chapeau et pâle comme la mort, et il vint tomber dans mes bras en s'écriant: «Un ours! un ours! il vient! le voici!»
C'est ici qu'il faut de la résolution, pensais-je en moi-même; et, armant mon fusil, je m'élançai au secours des chiens, qui attaquaient bravement l'ennemi. À peine avais-je eu le temps d'apercevoir l'ours qui s'avançait vers nous, que, à mon grand effroi, j'en vis un second sortir du taillis, et se diriger du côté de son compagnon.
Fritz coucha bravement en joue l'un des terribles animaux, et je me chargeai de l'autre. Nos deux coups partirent en même temps; mais, par malheur, ni l'un ni l'autre ne furent mortels; car les chiens pressaient l'attaque avec tant de fureur, qu'il nous fut impossible de trouver le moment de lâcher notre second coup, tant nous craignions de frapper l'un de nos braves défenseurs. Toutefois ma balle avait brisé la mâchoire inférieure de l'un des ours, de manière à rendre ses morsures peu dangereuses, et celle de Fritz avait traversé l'épaule du second, de sorte que ses étreintes étaient désormais plus désespérées que redoutables. Les chiens, paraissant comprendre leur avantage, redoublaient d'efforts et multipliaient leurs morsures. Enfin, impatient de terminer la lutte, je pris un pistolet dans ma main droite, et, m'approchant du plus terrible des deux animaux, je lui lâchai le coup dans la tête, tandis que Fritz, se portant sur le second, lui traversait le cœur.
«Dieu soit loué! m'écriai-je en les voyant tomber avec un sourd mugissement. Voici une rude besogne achevée. Grâces soient rendues au Ciel, qui vient de nous délivrer d'un terrible danger!»
Nous demeurâmes quelques minutes à contempler notre victoire dans un muet étonnement. Les chiens, qui s'acharnaient sur leur proie, ne nous laissèrent bientôt aucun doute sur le trépas des deux terribles animaux. Dans ce moment, Jack entonna son chant de victoire, et je le vis prendre sa course pour ramener Ernest sur le champ de bataille. Toutefois celui-ci se tint prudemment à l'écart, jusqu'à ce que les cris de Fritz et les miens lui eussent apporté le témoignage de notre complet triomphe.
Lorsqu'il fut près de nous, je lui demandai pourquoi il nous avait laissés en arrière. «Ah! reprit-il d'une voix encore tremblante, je voulais effrayer Jack en imitant le cri d'un ours lorsque je le verrais s'approcher de la caverne, et, pour me punir, le Ciel a permis qu'il s'y trouvât justement deux véritables ours.
MOI. Dieu seul sait juger quand il convient de châtier nos mauvaises pensées, et à lui seul appartient la mesure du châtiment. Il est certain que ton projet n'était rien moins que louable; car la peur la plus innocente peut avoir les résultats les plus funestes, et peut-être le pauvre Jack aurait-il éprouvé plus de mal du faux ours que toi du véritable.
FRITZ. Voyez, cher père, de quels monstres nous avons débarrassé la terre. Le plus gros a bien huit pieds de long, et l'autre pas beaucoup moins.
MOI. Quoique nous n'ayons rencontré aucune trace de serpent, nous n'avons pas moins travaillé pour notre sûreté future en nous délivrant de ces terribles ennemis.
JACK. Comment se fait-il qu'on rencontre de pareils animaux dans ces contrées? Je croyais que l'ours est un habitant des pays froids.