MOI. En effet, je ne sais trop comment expliquer leur présence sous un pareil climat, à moins de supposer que nous ayons sous les yeux une espèce particulière, et c'est une question que je ne suis pas assez savant pour décider. On a bien rencontré des ours dans le Thibet.»

Cette grave question avait peu d'importance pour nos jeunes chasseurs, encore tout entiers à la joie de notre miraculeuse délivrance. Ils se promenaient avec orgueil autour des doux monstres abattus, contemplant leurs blessures, leurs dents terribles et leurs puissantes griffes. Nous admirions en même temps la force de leurs épaules et de leurs reins, la grosseur de leurs membres, l'épaisseur et la richesse de leur fourrure.

«À présent, qu'allons nous faire de notre miraculeux butin? demandai-je enfin à mes compagnons.

FRITZ. Il faut commencer par les écorcher, la peau nous fournira d'excellentes fourrures.

ERNEST. Une de ces peaux me conviendrait assez pour me servir de lit de camp dans des expéditions aussi fatigantes que celle-ci.»

Je mis fin à la délibération en exhortant chacun à commencer au plus vite ses préparatifs de départ, car l'heure avançait, et il fallait être de retour le lendemain de grand matin avec notre attelage. «En outre, ajoutai-je, plusieurs de nos chiens ont reçu de légères blessures pour lesquelles les soins de votre mère sont indispensables. Vous êtes vous-mêmes trop épuisés de cette longue marche et de notre combat pour songer à passer ici une nuit fatigante et peut-être périlleuse.»

Mon projet de retour reçut une approbation générale; car, depuis l'apparition des ours, personne ne se souciait de passer la nuit dans un si redoutable voisinage. Mes compagnons ne furent pas fâchés non plus de se voir débarrassés de leurs œufs d'autruche, que je leur conseillai de laisser enfouis dans le sable chaud jusqu'à ce que nous eussions le loisir de retourner les prendre avec les précautions convenables. Après les avoir placés à une certaine profondeur, afin de les dérober aux attaques des chacals et des autres animaux de proie, nous quittâmes ce lieu de terreur et de triomphe. La perspective d'un bon gîte et d'un souper réconfortant semblait nous donner des ailes, et toute fatigue était oubliée.

Le soleil se couchait lorsque nous arrivâmes au camp, où l'accueil ordinaire nous attendait. Par bonheur il ne restait plus rien à faire au logis, et nous ne pouvions assez remercier ma femme d'avoir tout préparé pour un repas dont nous avions si grand besoin.

Naturellement l'entretien roula sur notre dernière aventure, dont les détails héroïques frappèrent d'admiration les oreilles étonnées de nos deux auditeurs.

La conclusion du récit fut une invitation pressante à se rendre le lendemain sur le champ de bataille avec armes et bagages, pour y délibérer sur le parti à prendre relativement à notre importante capture.