Nous arrivâmes très-tard et accablés de fatigue. Le chariot fut dételé à la hâte, et l'autruche attachée, comme la veille, entre deux arbres; puis, après un léger repas, chacun s'en alla s'étendre sur son lit de coton, pour y chercher le repos dont il avait si grand besoin.

En nous levant, nous vîmes avec plaisir que les couveuses avaient heureusement accompli leur tâche. L'une conduisait les poussins domestiques, et l'autre les poussins sauvages dont Jack avait rapporté les œufs dans la cabane. Dans cette dernière couvée, nous remarquâmes quelques oiseaux d'une espèce inconnue en Europe, que ma femme manifesta le désir d'emporter à l'habitation.

Nous nous occupâmes alors du déjeuner pour reprendre ensuite la route de notre demeure, dont nous n'approchions pas sans émotion, après une si longue absence. Marchant donc sans prendre de repos, malgré la chaleur qui commençait à devenir insupportable, nous arrivâmes avant midi à notre habitation, pour ne plus nous en éloigner de longtemps.


[CHAPITRE XIV]

[Éducation de l'autruche.—L'hydromel.—La tannerie et la chapellerie.]

Aussitôt après notre arrivée, le premier soin de ma femme avait été de faire ouvrir toutes les fenêtres; ensuite il fallut nettoyer, laver et balayer. Les deux cadets aidaient leur mère, tandis que les aînés travaillaient avec moi à déballer nos richesses.

L'autruche eut son tour: délivrée de ses deux gardiens, elle fut attachée, sur le devant de la maison, entre deux colonnes de bambous qui soutenaient le toit de la galerie. Elle devait rester à cette place jusqu'à la fin de sa nouvelle éducation.

Les œufs d'autruche subirent l'épreuve de l'eau tiède; ceux que nous trouvâmes vivants furent placés dans un four sur une couche de coton et à côté d'un thermomètre, afin de les maintenir à la température convenable. Cinq seulement résistèrent à l'épreuve: le reste avait péri pendant le voyage. Les lapins angoras, peignés avec soin, nous donnèrent une petite provision de duvet pour notre manufacture de chapeaux. Ils furent ensuite transportés dans l'île aux Requins, qui ne devait pas demeurer longtemps déserte avec de pareils habitants. Dans la suite, nous leur construisîmes des demeures souterraines d'après un plan qui pût nous livrer les habitants sans défense lorsque nous aurions besoin de leurs trésors. Par surcroît de précautions, j'établis à l'entrée de leur demeure une espèce de grillage disposé de manière à s'emparer chaque jour du superflu de leur toison, que nous venions ensuite recueillir sans peine et sans effort.

Bien malgré moi j'assignai pour séjour aux antilopes l'île aux Requins; car notre désir eût été de les garder près de l'habitation, si nous n'eussions craint pour elles la gueule de nos chiens et des autres animaux de la maison. Il était à craindre aussi que la perte de leur liberté ne leur occasionnât quelque maladie mortelle, tandis que dans leur nouvelle demeure aucun accident de ce genre n'était à redouter. Nous leur construisîmes un gîte où elles pouvaient se retirer à leur gré, et où nous apportions une provision de foin et d'herbes fraîches à chacune de nos visites.