Ce travail achevé, je me mis en devoir d'amener l'eau du puits derrière la maison, et à une hauteur convenable, au moyen d'un conduit de bambou. Mes conduits furent disposés au-dessous de la chute d'eau à environ un pied de profondeur. Du grand conduit partaient six tuyaux plus petits, destinés à aller porter l'eau à chacune des auges, qui, se remplissant et se vidant alternativement, ne pouvaient manquer d'imprimer aux marteaux un mouvement uniforme. Nous avions obtenu de cette manière le moulin le plus convenable à notre position, attendu qu'il marchait sans roue, et que la confection d'une roue avec ses accessoires se fût trouvée probablement au-dessus de nos forces.
Aussitôt que la machine fut achevée, ma femme plaça quelques mesures de riz dans les mortiers, et passa la journée entière à surveiller la marche de l'appareil. À la fin du jour, le grain était entièrement débarrassé de son enveloppe et prêt à être employé à la cuisine. La lenteur de la machine nous inquiéta peu lorsque nous fûmes assurés quelle marchait assez bien pour l'abandonner à elle-même.
«Quel bonheur! s'écrièrent les enfants; nous voilà en état de préparer de l'avoine, de l'orge et de tous les autres grains pour faire de la soupe et de la bouillie! Notre bonne cuisinière et ses aides seront délivrés à l'avenir de l'éternel travail du pilon.»
Pendant que nous étions encore occupés à la construction de nos pilons, nous remarquâmes que les jeunes autruches faisaient de fréquentes visites à notre nouveau champ, et qu'elles rentraient au logis rassasiées. Mais quel ne fut pas mon étonnement quand je reconnus qu'effectivement le grain était mûr, alors qu'à peine quatre mois s'étaient écoulés depuis l'ensemencement! Ainsi nous pouvions compter à l'avenir sur deux récoltes par an.
Cette découverte nous occasionna un travail inattendu et tout à fait hors de saison; car c'était précisément l'époque du passage des harengs et des chiens marins. La mère ne se lassait pas de gémir en demandant comment nous viendrions à bout de cette menaçante série de travaux; car elle n'oubliait pas que c'était également l'instant de faire la récolte du manioc et des pommes de terre. Je la consolai en lui rappelant que le manioc pouvait rester en terre sans inconvénient, tandis que la récolte des patates était bien moins pénible dans cette terre légère que dans les terrains pierreux de notre pays. «Quant au grain, ajoutai-je, nous en ferons la moisson et le battage à la mode italienne. Si nous y perdons quelque chose, nous le rattraperons bien à la récolte suivante.»
Sans perdre de temps, je fis préparer devant la maison une espèce d'esplanade que nous arrosâmes ensuite de fumier liquide; puis je fis fouler la place par notre bétail, en même temps que nous battions la terre avec des avirons, des pelles et des masses. Lorsque le soleil eut séché le sol, nous l'arrosâmes une seconde fois, et je le fis battre et fouler de nouveau, jusqu'à ce que la terre fût devenue aussi dure et aussi unie que celle des aires de notre pays.
Alors nous nous rendîmes au champ munis de faucilles, et suivis de Sturm et de Brummer, qui portaient la grande corbeille destinée à recevoir le grain.
Arrivés sur la place, ma femme demanda des liens pour les gerbes, et les enfants des fourches et des râteaux pour rassembler les épis en monceaux.
«Point tant de cérémonies, leur dis-je; aujourd'hui nous travaillons à l'italienne, et l'Italien est trop ennemi de la peine et du travail pour savoir ce que c'est qu'un lien ou un râteau lorsqu'il s'agit de moisson.
—Mais, reprit Fritz, comment s'y prennent-ils pour rassembler les gerbes et pour les rapporter à la maison?