Tandis qu'étendue auprès de son mâle, elle léchait sa blessure avec des gémissements plaintifs, un second coup de feu retentit; et une des pattes de devant de la lionne retomba sans force à ses côtés. Avant que j'eusse eu le temps de faire feu, les chiens s'étaient élancés avec fureur sur l'ennemi, et alors commença le plus terrible combat dont j'eusse jamais été spectateur. L'obscurité de la nuit, les rugissements de la lionne et les hurlements des chiens faisaient de cette scène une des plus effroyables qui puissent frapper les regards d'un homme. Le monstre des forêts profita de mon inaction pour saisir la pauvre Bill de la patte qui lui restait, et bientôt le fidèle animal tomba, dans les convulsions de l'agonie, aux côtés de son ennemi expirant. Au moment où j'accourais à son secours, Fritz paraissait sur le champ de bataille avec son fusil, désormais inutile: mais je lui fis signe de s'arrêter en l'exhortant à joindre ses actions de grâces aux miennes pour la miraculeuse protection dont la Providence venait de nous favoriser encore une fois.

Je ne tardai pas à appeler à haute voix l'équipage de la chaloupe pour venir prendre part à notre triomphe, et nos deux compagnons furent bientôt dans nos bras, remerciant le Ciel de nous revoir sains et saufs après un si terrible danger.

Notre premier soin fut de ranimer le foyer et d'aller visiter le champ de bataille à la lueur de quelques torches de résine. Le premier spectacle qui frappa nos regards fut le corps de la pauvre Bill, étendue sans vie à côté de son ennemi mort, victime regrettable de son courage et de sa fidélité.

«Hélas! s'écria Fritz avec un douloureux soupir, voici une nouvelle occasion pour Ernest d'exercer ses talents poétiques; car nous ne pouvons refuser une glorieuse épitaphe à notre pauvre Bill, morte si bravement pour la défense commune.

—J'y songerai, répondit Ernest, lorsque ma pauvre muse sera un peu remise de la terrible angoisse qu'elle vient d'éprouver. En attendant, voici deux formidables ennemis dont la Providence vient de nous délivrer, et j'éprouve une vive satisfaction à penser que ces gueules menaçantes sont maintenant fermées pour toujours.

—L'intelligence de l'homme triomphe de tous les ennemis de la nature, repartit Fritz gravement; c'est à elle que nous devons les armes dont notre main s'est servie pour abattre le puissant roi des forêts.

—Mais ne serait-il pas temps de nous occuper des funérailles de la pauvre Bill, à la lueur sinistre de ces torches funéraires?»

Je fis un signe de consentement, et Fritz eut bientôt creusé une fosse profonde, où nous déposâmes solennellement le corps de notre vieux compagnon. Nous tournant alors du côté d'Ernest, nous attendîmes l'épitaphe qu'il nous avait promise, et qu'il ne tarda pas à réciter d'un ton pathétique:

Après une carrière longue et aventureuse,
c'est ici que repose la pauvre Bill,
si rapide à la course, si intrépide dans le combat.
Elle est morte pour ses maîtres,
ainsi quelle avait vécu.
Nul héros ne mérite mieux un tombeau
et une glorieuse épitaphe.

«Il me semble, dit Jack en bâillant, que nous avons veillé une bonne partie de la nuit, et toute cette histoire de lions m'a terriblement creusé l'estomac. Ne serait-il pas temps de songer à notre nourriture terrestre? Aussi bien, voici la hure de sanglier qui nous attend dans le four depuis hier soir.»