Rappelés par ce sage avertissement au souvenir de nos besoins corporels, nous nous dirigeâmes vers la cuisine sans perdre le temps en vaines paroles, et nous ne tardâmes pas à faire honneur au rôti de la veille. Je décidai qu'on passerait dans la chaloupe les trois à quatre heures qui restaient jusqu'au jour, et un froid piquant ne tarda pas à nous faire sentir l'utilité de nos fourrures. Les climats chauds sont dangereux par la fraîcheur de leurs nuits, et c'est ce qui explique pourquoi les animaux des zones brûlantes sont souvent recouverts d'épaisses fourrures.

Levés avec le soleil, notre premier soin fut d'écorcher les deux lions, opération qui nous occupa à peine deux heures, grâce à l'emploi de mon heureuse invention, la pompe à air. Les cadavres furent abandonnés à la merci des oiseaux du ciel, qui accoururent bientôt par essaims bruyants pour profiter de notre générosité.

Les rayons du soleil ne tardèrent pas à développer de telles émanations autour de notre amas d'huîtres, que nous nous estimâmes heureux de pouvoir songer, sans plus attendre, aux préparatifs de départ.

Cette fois Jack refusa de faire le trajet dans le caïak, se sentant hors d'état de manœuvrer la rame, et Fritz demeura seul chargé de la conduite de son léger bâtiment.

Nous ne tardâmes pas à lever l'ancre et à quitter la baie des Perles, en nous dirigeant en droite ligne vers le canal si heureusement traversé quelques jours auparavant. Continuant notre route vers le levant, nous abordâmes avant le coucher du soleil à la baie du Salut.

Les premières annonces de la mauvaise saison ne tardèrent pas à se faire sentir, et bientôt les alentours de la maison devinrent impraticables. Alors commença le cours des travaux domestiques, qui nous empêchèrent de trouver trop longs les jours de pluie qui se succédèrent.


[CHAPITRE XXIV]

[Le navire européen.—Le mécanicien et sa famille.—Préparatifs de retour en Europe.—Séparation.—Conclusion.]

Avec quelle émotion je reprends la plume pour tracer ce dernier chapitre! Dieu est grand, Dieu est bon, telles sont les premières paroles qui se présentent à ma pensée lorsque je reporte mes souvenirs pour la dernière fois sur cette partie de notre histoire. Le salut miraculeux de ma famille est encore présent à mes regards, et, au milieu du conflit de sentiments divers qui agitent mon esprit, j'ai peine à retrouver le fil de mes idées pour achever dignement ce livre, que je vais fermer pour jamais. Le lecteur me pardonnera le désordre de ce récit, dont je me propose de lui donner la fin, si jamais il m'est accordé de revoir l'Europe et ma chère patrie. À peine suis-je en état de trouver quelques mots sans suite pour raconter les événements de mes dernières heures d'exil.